Le Petit Poucet !
Survint une année où la famine fut si grande que le pauvre bûcheron décida de se séparer de ses enfants, qu’il n’arrivait plus à nourrir. Un soir qu’ils étaient tous couchés, il vint retrouver sa femme au coin du feu, le cœur serré, qu’il perdrait leurs enfants le lendemain dans la forêt.
Le Petit Poucet, qui dormait mal, s’était glissé hors de son lit et avait écouté leur conversation. Il passa la nuit à se demander ce qu’il pouvait bien faire.
Le lendemain matin, il sauta de son lit et courut à la rivière. Là, il remplit ses poches et sa besace de petits cailloux blancs et revint prestement à la maison. Bientôt, toute la famille s’apprêta à partir.
Comme à l’accoutumée, ils s’enfoncèrent dans la forêt. Tout au long du chemin, le Petit Poucet semait discrètement ses cailloux.
Quand ils arrivèrent au cœur de la forêt, le bûcheron et sa femme se mirent au travail. Au bout d’une heure, voyant leurs enfants occupés à faire des fagots, ils s’enfuirent par un petit sentier détourné.
Lorsque les enfants se virent seuls, ils se mirent à pleurer de toutes leurs force. Mais le Petit Poucet les rassura :
« Ne craignez rien, mes frères, nos parents nous ont laissés ici, mais je vous promets de vous ramener très bientôt à la maison. »
En suivant les cailloux blancs semés par le petit dernier, les sept frères rentrèrent chez eux par le chemin qu’ils avaient emprunté à l’aller. Ils s’approchèrent de la maison et, n’osant pas entrer, ils mirent tous l’oreille contre la porte pour écouter ce que disaient leur parents à cet instant.
De retour chez eux, le bûcheron et sa femme avaient reçu du seigneur du village une vieille dette de dix écus qui leur avait redonné vie car ils mouraient de faim. Mais ils ne cessaient de pleurer et de se reprocher d’avoir abandonner leurs enfants.
Alors les sept frères crièrent derrière la porte :
« Nous voici ! Nous sommes là ! »
Leur mère courut vite leur ouvrir et les embrassa. Le bûcheron, pleins de regrets, les fis dîner du reste de viande.
Malheureusement, la joie de revoir leurs enfants ne dura que le temps des dix écus. Lorsque l’argent fut dépensé, le bûcheron et sa femme se résolurent à abandonner une fois encore leurs garçons dans la forêt.
Le Petit Poucet, qui les avait entendus, décida de procéder de la même manière que la fois précédente. Mais, quand il se leva très tôt le matin pour aller chercher des cailloux à la rivière, il s’aperçut que la porte de la maison était fermée à double tour. Que faire ?
Lorsque la bûcheronne leur donna un morceau de pain pour le déjeuner, il décida de semer des miettes le long du chemin. Le bûcheron et sa femme les emmenèrent au plus profond de la forêt. Derrière eux, le Petit Poucet semait en cachette ses miettes de pain.
Lorsque leurs parents les abandonnèrent, il partit à la recherche des miettes. Mais les oiseaux les avaient toutes mangées ! A l’approche de la nuit, ils se réfugièrent sous un hêtre où le Petit Poucet grimpa pour scruter l’horizon. Il aperçut une lumière dans le lointain.
Ils marchèrent longtemps dans sa direction. Lorsqu’ils sortirent enfin de la forêt, ils découvrirent une petite maison et frappèrent timidement à la porte. La femme qui ouvrit s’écria :
« Que faites-vous ici, si tard dans la nuit ?
- Nous nous sommes perdus dans la forêt, Madame. Pourriez-vous nous offrir l’hospitalité pour la nuit ? » lui demanda le Petit Poucet.
Les voyant si charmants, elle se mit à pleurer :
« Hélas mes pauvres enfants ! C’est ici la maison de l’ogre qui mange les enfants !
- Que pouvons-nous faire, Madame ? Lui répondit le Petit Poucet tremblant. Les loups nous mangeront si nous restons dans la forêt. »
Pensant qu’elle pourrait les cacher jusqu’au lendemain matin, la brave femme les invita à se réchauffer devant un grand feu. Soudain, les sept frères entendirent l’ogre frapper trois grands coups à la porte. Aussitôt, sa femme les cacha sous un lit et alla ouvrir.
L’ogre demanda son souper et du vin, puis se mit à table. Il dévora un mouton saignant, s’arrêtant parfois pour flairer de gauche à droite.
« Ça sent la chair fraîche ! Gronda-t-il soudain.
- C’est peut-être le veau que je viens de préparer ! Suggéra timidement sa femme.
- Je te dis que ça sent la chair fraîche ! Répéta l’ogre, et, sans hésiter, il courut à l’autre bout de la pièce où découvrit les sept garçons terrorisés.
- Ne peux-tu pas attendre demain pour les égorger ? Cria sa femme lorsqu’il brandit son couteau. Tu as déjà un veau, deux moutons et un demi-cochon pour ce soir.
- Tu as raison, dit l’ogre, donne-leur bien à manger afin qu’ils ne maigrissent pas et va les coucher. »
L’ogre avait sept filles du même âge que les garçons, qui promettaient de devenir de vraies ogresses car elles mordaient déjà les petits enfants pour sucer leur sang.
Leur mère les avait couchées de bonne heure et avait placé une petite couronne sur leur tête, comme chaque soir. Une fois le repas terminé, elle installa les garçons dans un grand lit, dans la même chambre que ses filles, puis alla se coucher.
Le Petit Poucet ne put s’endormir. Il craignit que l’ogre n’eût quelques remords de ne pas les avoir égorgés le soir même. Alors il se leva, prit les bonnets de ses frères et le sien et les mit sur la tête des princesses à la place de couronnes. Puis il plaça les couronnes sur la tête de ses frères et sur la sienne.
Vers minuit, l’ogre se réveilla et descendit à la cuisine prendre son grand couteau. Il s’approcha à tâtons du lit des petits garçons, posa ses mains sur leurs têtes et sentit les couronnes d’or :
« Malheur ! S’exclama-t-il. J’allais tuer mes propres filles. »
Il se précipita vers l’autre lit et toucha les bonnets.
« Ah voilà les gaillards ! Finissons l’ouvrage ! »
Ce disant, il trancha sans hésiter la gorge de sept filles. Puis, i alla se recoucher.
Dès que le Petit Poucet entendit le ronflement sonore de l’ogre, il réveilla ses frères et les pressa de le suivre. L’un après l’autre, ils sautèrent dans le jardin et s’enfuirent.
Le lendemain matin, l’ogre dit à la femme :
« Va préparer les petits drôles d’hier soir. »
Quelle ne fut pas la surprise de sa femme lorsqu’elle arriva sur le seuil de la chambre et s’évanouit. L’ogre monta les marches quatre à quatre et contempla le triste spectacle.
« Ah, mes filles ! Qu’ai-je fait là ? S’exclama-t-il. Ils me le payeront, ces malheureux ! »
Il chaussa ses botte de sept lieues qui lui permettaient de franchir les rivières et les collines aussi facilement qu’un géant. Les enfants n’étaient plus qu’à cent pas de chez eux, mais, quand ils le virent s’approcher, ils se cachèrent dans le creux d’un rocher. L’ogre s’arrêta pour se reposer et s’allongea précisément sur le rocher où ils s’étaient réfugiés. Il s’endormit bientôt et les garçons, effrayés, n’osèrent pas sortir.
Le Petit Poucet dit alors à ses frères de rentrer à la maison, puis il s’approcha de l’ogre qui dormait toujours. Il tira doucement ses bottes et les enfila aussitôt. Comme elles étaient magiques, elles avaient la propriété de s’adapter aux pieds qu’elles chaussaient. Le Petit Poucet prit son élan et s’élança sur le chemin qui conduisait à la maison de l’ogre. Il y parvint en quelques enjambées et s’approcha de la femme de l’ogre qui pleurait, assise auprès de ses filles égorgées.
« Votre mari est en grand danger, Madame, lui dit-il. Il a été surpris par une troupe de voleurs qui ont juré de le tuer s’il ne leur donne pas toute sa fortune. Il m’a prié de venir vous voir au plus vite, afin que vous me donniez la totalité de ce qu’il possède; »
La femme, affolée, lui confia toutes les richesses de l’ogre. Chargé de son butin, le Petit Poucet revint au logis de ses parents où il fut accueilli avec joie.
On raconte que la famille du bûcheron vécut heureuse pendant de longues années, sans jamais manquer de rien. On dit aussi que le Petit Poucet partit un jour à la cour du roi avec ses bottes de sept lieues. Le monarque lui promit une belle récompense s’il lui rapportait des nouvelles de son armée ) deux cents lieues de là, ce que le Petit Poucet fit le jour même. Fort de son succès, il resta encore quelque temps au service du roi, puis revint vivre auprès de sa famille.
Jamais plus la misère ne vint troubler la paix de leur foyer.
Il était une fois deux frères qui vivaient en Perse ; l’aine, Kashim, était un être dur et pourtant la chance lui souriait, alors qu’Ali Baba, le cadet, qui avait le cœur bon, était gueux parmi les gueux.
Quoi qu’ils entreprissent, se femme et lui, cela ne réussissait jamais. Il ne lui restait plus rien que sa maison, son âne et son esclave noire, Mardjana. Un jour, Ali Baba prit son courage à deux mains et alla implorer son frère de lui venir en aide. Mais Kashim ne se laissa pas attendrir et Ali Baba du revenir les mains vides.
Le lendemain matin, il alla, sur le conseil de sa servante, chercher du bois pour le vendre au marché. Il travailla dur toute la matinée, puis il se mit à l’ombre des buissons et s’endormit. Il fut réveillé par le bruit de sabots de chevaux et bientôt apparut une troupe de cavaliers armés jusqu’aux dents. Ali Baba comprit tout de suite qu’il était en présence de voleurs; Ils mirent pied à terre, leur chef s’approcha d’un rocher élevé et dit :
« Sésame, ouvre-toi ! »
A la grande stupéfaction d’Ali Baba, la paroi de pierres tourna en grinçant, et les voleurs disparurent par la ténébreuse ouverture, portant leur butin. Ils étaient tout juste quarante et, dès que le dernier fut passé, la caverne se referma. Ali Baba resta dans sa cachette pour voir la suite des évènements.
Il n’attendit pas longtemps : le rocher s’ouvrit en grondant et les voleurs partirent en un galop de tempête. Alors, Ali Baba s’approcha prudemment du rocher et dit, tout bas :
« Sésame, ouvre-toi ! »
Le rocher s’ouvrit et Ali Baba s’engagea dans l’ouverture. Il parvint dans une grotte pleine de pièces d’or, de pierres précieuses, de riches étoffes, de vaisselle d’or et d’argent dont l’éclat éblouissait les yeux. Le pauvre homme s’empara d’un plein sac de pièces d’or et se dirigea vers la porte, qui s’était refermée. Il se rappela la formule mystérieuse et cria :
« Sésame, ouvre-toi ! »
Et la paroi de pierre tourna avec son grondement habituel, libérant Ali Baba.
Sa femme ne put en croire ses yeux, quand il revint. Il y avait tellement d’or qu’elle n’arriva pas à le compter. Elle s’en fut chez sa belle-sœur, la femme de Kashim, lui emprunter une mesure à blé. Celle-ci, intriguée, enduisit en cachette de cire fraîche le fond de la mesure. Toute la nuit, Ali Baba et sa femme mesurèrent leurs trésors ; au matin, quand ils rapportèrent la mesure à la belle-sœur, elle y trouva des pièces d’or retenues au fond par la cire.
Son cupide mari se rue chez Ali Baba et le força à lui dire d’où venait tout cet or. Puis, emmenant tous ses ânes, il se précipita vers la caverne aux richesses.
« Sésame, ouvre-toi ! » cria-t-il et la roche s’ouvrit.
Il se rua dans la grotte et, tremblant de convoitise, il emplit sac sur sac de diamants et d’or. Mais quant il voulut s’en retourner, il ne put retrouver la formule magique. Il criait :
« Orge, ouvre-toi ! Froment, ouvre-toi ! » Rien !
Le malheureux passa en revue tous les grains et toutes les graines, mais une seule ne lui vint pas à l’esprit : le sésame. Tout à coup, la paroi de pierre s’ébranla et les voleurs firent irruption dans la caverne. Tout de suite, ils virent Kashim et se rendirent compte de ce qu’il était en train de faire. Le chef sortit son poignard et le lui enfonça dans le cœur. Puis il ordonna à sa horde de laisser son cadavre en vue à l’entrée de la grotte.
La femme de Kashim attendit longtemps le retour de son mari ; puis folle d’inquiétude, elle courut en larmes, chez Ali Baba. Celui-ci se précipita vers la grotte secrète. A peine le rocher s’était-il ouvert, qu’il recula, saisi d’horreur. Le corps ensanglanté de son frère gisait sous ses yeux. Ali Baba chargea le cadavre sur son âne et le ramena chez lui.
Il l’enterra, puis ils allèrent, sa femme et lui, avec toute leur famille s’installer, à la prière de leur belle-sœur, dans la maison de Kashim pour s’occuper de son commerce.
Quand les voleurs s’aperçurent que quelqu’un d’autre était entré dans leur cachette, ils cherchèrent dans tout le pays à découvrir le dangereux intrus ; mais en vain. Alors le plus rusé d’entre eux, alla, sous un déguisement, flâner dans la ville et il ne tarda pas à apprendre la mort récente de Kashim et l’étonnant enrichissement de son frère.
Il se rendit compte tout de suite qu’il avait trouvé son homme. Il marqua d’une croix blanche la maison d’Ali Baba pour que, dans la nuit, les voleurs la reconnaissent. Mais Mardjana remarqua ce signe étrange ; elle n’en comprit pas la signification mais, pour plus de sûreté, répéta la même croix sur toutes les maisons de la rue.
Quand la nuit tombée, les voleurs cherchèrent la maison d’Ali Baba, ils ne purent la trouver. Le chef, fou de rage, condamna à mort l’indicateur malchanceux et il résolut alors de prendre l’affaire en mains…..
Il chargea sur ses mulets quarante outres en cuir ; il y cacha ses trente-huit homme, et emplit d’huile les deux dernières outres. Puis ayant revêtu le costume d’un riche marchand, il se rendit en ville. Il faisait déjà nuit quand les voisins le conduisirent à la demeure d’Ali Baba. Le chef murmura aux voleurs cachés d’attendre son signal et frappa à la porte :
« Digne Ali Baba ! Je suis un marchand d’une contrée lointaine et j’apporte un chargement d’huile d’olive que je voudrais te vendre. Accepte de m’offrir un abri pour la nuit ; demain nous discuterons de cette affaire. »
Ali Baba fit un accueil cordial à cet hôte honorable. Il ordonna à ses serviteurs de déposer les outres dans la cour et invita le marchand à souper. Cependant l’esclave Mardjana s’aperçut qu’il n’y avant plus d’huile dans la lampe ; elle en chercha dans la maison, mais il n’en restait plus une goutte. Alors elle se rappela que le marchand en avait dans ses outres. Elle sortit dans la cour et s’approcha de la première outre. Elle entendit alors une voix qui s’en échappait et qui demandait :
« Chef, est-ce le moment ? »
La courageuse jeune fille comprit aussitôt de quoi il retournait et chuchota, en déguisant sa voie :
« Pas encore ! »
Elle répéta son manège auprès de toutes les outres pour savoir combien il y avait de voleurs cachés et fut épouvantée de leur nombre. Mais elle rassembla son courage ; voyant que deux des outres contenaient réellement de l’huile, elle eut une idée. Elle alluma un grand feu dans la cour, fit bouillir l’huile et la versa dans chacune des outres qui recelait un voleur. Les misérables périrent ainsi, l’un après l’autre.
Puis Mardjana rentra dans la salle du festin et dit qu’elle allait danser pour le plaisir de cet hôte de marque. Elle avait entendu dire que le chef des voleurs possédait un poignard magique qui ne manquait jamais son coup. Elle se mit à danser et, tout en dansant, s’approchait du chef. Alors brusquement, elle saisit son poignard et, d’un seul coup, le lui plongea dans le cœur.
Quand Ali Baba se rendit compte à quel effroyable danger il avait échappé, grâce à l’intelligence et au courage de Mardjana, il lui donna sa liberté en récompense.
Puis, peu de temps après, il la maria à son fils. Dorénavant, ils vécurent tous dans un bonheur sans nuages.
Ils ne se soucièrent même pas d’aller chercher des trésors fabuleux de la grotte des voleurs.
Peut-être y gisent-ils encore ?
La Princesse et le Porcher !
Sur la tombe du père du prince poussait un rosier miraculeux. Il ne donnait qu’une unique fleur tous les cinq ans, mais c’était une rose d’un parfum si doux qu’à la respirer on oubliait tous ses chagrins.
Le prince avait aussi un rossignol qui chantait comme si toutes les plus belles mélodies du monde étaient enfermées dans son petit gosier. Il envoya à la Princesse la rose et le rossignol dans deux écrins d’argent.
L’empereur les fit apporter devant lui et lorsque la princesse vit les grandes boites, elle applaudit de plaisir.
« Si seulement c’était un petit minet ! » dit-elle.
Mais c’est la merveilleuse rose qui parut.
« Comme elle est joliment faite ! » s’écrièrent toutes les dames d’honneur.
Cependant, la princesse la toucha du doigt et elle fut sur le point de pleurer.
« Oh ! Papa, cria-t-elle, quelle horreur, elle n’est pas artificielle, c’est une vraie !
- Avant de nous fâcher, regardons ce qu’il y a dans l’autre boite. » opina l’empereur.
Alors, le rossignol apparut et il se mit à chanter si divinement que tout d’abord on ne trouva pas de critique à lui faire.
« Superbe ! Charmant ! S’écrièrent toutes les dames de la cour.
- Au moins, j’espère que ce n’est pas un vrai, dit la princesse.
- Mais si, c’est un véritable oiseau, affirmèrent ceux qui l’avaient apporté.
- Ah ! Alors qu’il s’envole. » commanda la princesse.
Et elle ne voulut pour rien au monde recevoir le prince. Mais lui ne se laissa pas décourager. Il se barbouilla le visage de brun et de noir, enfonça sa casquette sur la tête et alla frapper au palais en demandant du travail. Il fut sur-le-champ engagé comme porcher impérial. On lui donna une chambre à côté de la porcherie et c’est là qu’il s’installa pour travailler toute la journée.
Cependant le soir il avait fin de fabriquer une belle marmite garnie de clochettes. Dès qu’elle se mettait à bouillir, les clochettes tintaient et jouaient une jolie petite mélodie. Mais le plus ingénu eux était sans doute que si l’on mettait le doigt dans la vapeur de la marmite, on sentait immédiatement quel plat on faisait cuire dans chaque cheminée de la ville.
Au cours de sa promenade avec ses dames d’honneur, la princesse vint à passer devant la porcherie, et lorsqu’elle entendit la mélodie, elle s’arrêta toute contente car elle savait la jouer.
« C’est l’air que je sais, dit-elle. Entrez et demandez-lui ce que coûte son instrument. »
L’une des dames alla donc le lui demander.
« Je veux dix baisers de la princesse ! Fut la réponse.
- Grands dieux ! S’écria la dame.
- C’est comme ça et pas moins insista le porcher.
- Et bien, qu’est-ce qu’il a dit ? » demanda la princesse.
La dame d’honneur le lui murmura à l’oreille.
« Quel insolent ! » dit celle-ci, et elle s’enfuit immédiatement.
Mais dès qu’elle eut fait un petit bout de chemin, les clochettes se mirent à tinter.
« Écoute, dit la princesse, va lui demander s’il veut dix baiser de mes dames d’honneur.
- Oh ! Que non, répondit le porcher. Dix baisers de la princesse ou je garde la marmite.
- Que c’est ennuyeux ! Dit la princesse. Alors tenez-vous toutes autour de moi afin que personne ne puisse me voir. »
Les dames d’honneur l’entourèrent en étalant leurs jupes, le garçon eut dix baisers et elle emporta la marmite. Comme on s’amusa alors au château !
Mais le porcher ne laissa pas passer la journée suivante sans travailler. Il confectionna une crécelle. Lorsqu’on la faisait tourner, toutes les valses, les galops et les polkas connus depuis la création du monde résonnaient en grinçant.
« Mais c’est superbe, dit la princesse lorsqu’elle passa devant la porcherie. Allez lui demander ce que coûte cet instrument, mais je n’embrasse plus !
- Il veut cent baisers de la princesse, affirma la dame d’honneur qui était allée s’enquérir.
- Je pense qu’il est fou. » dit la princesse avant de s’en aller.
Mais, après avoir fait un petit bout de chemin, elle s’arrêta.
« Il faut encourager les arts, dit-elle. Dites-lui que je lui donnerai cent baisers, mais mettez-vous devant moi. »
Toutes les dames l’entourèrent et l’embrassade commença.
« Qu’est-ce que c’est que cet attroupement, là-bas, près de la porcherie ! » s’écria l’empereur debout sur sa terrasse. Mais se sont les dames de la cour qui font des leurs, il faut que j’aille voir.
Lorsqu’il arriva dans la cour, il se mit à marcher tout doucement. Les dames d’honneur, occupées à compter les baisers afin que tout se déroulât correctement, ne remarquèrent pas du tout l’empereur. Il se hissa sur les pointes :
« Qu’est-ce que c’est ! » s’écria-t-il quand il vit ce qui se passait. Et il leur donna de sa pantoufle un grand coup sur la tête, juste au moment où le porcher recevait le quatre-vingtième baiser.
« Hors d’ici ! » cria-t-il furieux.
La princesse et le porcher furent jetés hors de l’empire. Elle pleurait, le porcher grognait et la pluie tombait à torrent.
« Ah ! Je suis la plus malheureuse des créatures, gémissait la princesse. Que n’ai-je accepté ce prince si charmant ? »
Le porcher se retira derrière un arbre, essuya le noir et le brun de son visage, jeta ses vieux vêtements et s’avança dans ses habits princiers, si charmant que la princesse fit la révérence devant lui.
« Je suis venu pour te faire affront, à toi ! Dit le garçon. Tu ne voulais pas d’un prince plein de loyauté. Tu n’appréciais ni la rose ni le rossignol, mais le porcher tu voulais bien l’embrasser pour un jouet mécanique ! Honte à toi ! »
Il retourna dans son royaume, ferma la porte et tira le verrou. Quant à la princesse, elle pouvait bien rester dehors et chanter la jolie petite mélodie si elle en avait envie.
Barbe Bleue !
Une de ses voisines avait deux fille. Il en demanda une en mariage, mais ni l’une ni l’autre ne voulaient de lui, car il avait déjà épousé plusieurs femmes que l’on avait jamais revues.
Barbe Bleue, pour faire connaissance, les mena, avec leur mère et quelques amies dans l’une de ses maisons de campagne, pendant huit jours. Ce n’étaient que promenade, parties de chasse et de pêche, danses et festins, etc. Enfin, tout alla si bien que la cadette trouva que le maître du logis n’avait plus la barbe aussi bleue, que c’était un homme charmant, et le mariage se conclut.
Au bout d’un mois, Barbe bleue dit à sa femme qu’il était obligé de faire un voyage pour une affaire conséquente et qu’il la priait de bien se divertir pendant son absence.
« Voilà, dit-il, les clés de tous les meubles et pièces de la maison. Quant à cette petite clé-ci, c’est celle du cabinet au bout de la grande galerie : ouvrez tout, allez partout ; mais je vous défends d’entrer dans ce petit cabinet sous peine de subir ma colère. »
Elle promit d’observer exactement tout ce qu’il venait de lui ordonner et lui, après l’avoir embrassée, partit pour son voyage.
Les voisines et amies n’attendirent pas qu’on vienne les chercher pour aller chez la jeune mariée, tant elles étaient impatientes de voir toutes les richesses de sa maison. Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les garde-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles ne cessaient d’exagérer et d’envier le bonheur de leur amie, qui cependant ne s’amusait pas à voir toutes ces richesses, tellement elle était impatient d’aller ouvrir le cabiner interdit.
Elle était si pressée qu’elle quitta ses amies et descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation qu’elle faillit se rompre le cou deux ou trois fois. Devant la porte du cabinet, la tentation était si forte qu’elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clé, et ouvrit la porte en tremblant.
D’abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées. Puis elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que, dans ce sang, se reflétaient les corps de plusieurs femmes mortes attachées le long des murs : c’était toutes les femmes que Barbe Bleue avait épousées, et qu’il avait égorgées. Elle faillit mourir de peu, et la clé du cabinet lui tomba de la main.
Après avoir un peu repris ses sens, elle ramassa la clé, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu.
Ayant remarqué que la clé du cabinet était tâchée de sang, elle l’essuya deux ou trois fois ; mais le sang ne s’en alla point : elle eut beau la laver, et même la frotter du sablon, il restait toujours du sang, car la clé était ensorcelée, et il n’y avait pas moyen de la nettoyer entièrement.
Barbe Bleue revint de son voyage le soir même, et sa femme fit tout ce qu’elle put pour lui montrer qu’elle était ravie de son prompt retour.
Le lendemain, il lui redemanda les clés ; et elle les lui donna, mais d’une main tremblante, qu’il devina sans peine tout ce qui s’était passé.
« Pourquoi, lui dit-il, la clé du cabinet n’est-elle point avec les autres ? »
Alors, il fallut bien la lui apporter. Barbe Bleue, l’ayant observée, dit à sa femme :
« Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clé ?
- Je n’en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle encore que la mort.
- Je le sais bien, moi ! Reprit Barbe Bleue. Vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Eh bien, vous y entrerez et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues. »
Elle se jeta aux pieds de son mari en pleurant, et en lui demandant pardon de ne pas avoir été obéissante. Elle aurait attendri un rocher, mais Barbe Bleue avait le cœur plus dur qu’un rocher.
« Il faut mourir, lui dit-il.
- Puisqu’il faut mourir, répondit-elle en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu.
- Je vous donne un quart d’heure, reprit Barbe Bleue ; mais pas une seconde de plus. »
Lorsqu’elle fut seule, elle appela sa sœur et lui dit :
« Ma sœur Anne, monte, je te prie, sur le haut de la tour pour voir si mes frères ne viennent point : ils m’ont promis qu’ils viendraient me voir. »
La sœur Anne monta sur le haut de la tour ; et la pauvre affligée lui criait de temps en temps :
« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
Et la sœur Anne lui répondait :
« Je ne vois que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. »
Pendant que Barbe Bleue, tenant un grand coutelas à sa main, s’impatientait, sa femme demandait tout bas :
« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »
Et la sœur Anne répondait :
« Je ne vois que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie.
- Descends donc vite, criait Barbe Bleue, ou c’est moi qui monterai.
- J’arrive », répondait sa femme puis elle demandait :
« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
- Je vois, répondit-elle, deux cavaliers qui viennent de ce côté, mais ils sont encore bien loin.
- Dieu soit loué ! S’écria-t-elle un moment après. Fais leur signe de se hâter. »
Barbe Bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds tout éplorée.
Mais Barbe Bleue, la prenant d’une main par les cheveux, et de l’autre, levant le coutelas en l’air, se prépara à lui couper la tête.
A cet instant, on frappa si fort à la porte que Barbe Bleue s’arrêta net. On l’ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux cavaliers qui, l’épée à la main, coururent droit à Barbe Bleue.
Il reconnut les frères de sa femme et tenta aussitôt de se sauver : mais les deux frères le poursuivirent et l’attrapèrent avant qu’il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort.
Il se trouvait finalement que Barbe Bleue n’avait point d’héritiers, et qu’ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens. Elle en employa une partie à marier sa sœur Anne avec un jeune gentilhomme dont elle était aimée depuis longtemps ; une autre partie à acheter des charges de capitaines à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à un charmant homme qui lui fit oublier le mauvais temps qu’elle avait passé avec Barbe Bleue.
La moufette et les grenouilles !
« Coa, coa, coa,
De la vieille moufette ne serons plus les proies ! »
Un jour, le lièvre s’aventura au bord du ruisseau et il s’étonna, en voyant la moufette tout abattue :
« Pourquoi cet air affligée, sœur moufette ?
- Comment ne pas être abattue ? Soupira-t-elle. Telle que tu me vois, je meurs de faim et n’arrive même plus à attraper une seule petite grenouille pour mon dîner.
- Qu’à cela ne tienne ! Je peux t’aider à y remédier facilement, proposa le lièvre. Creuse un trou au bord du ruisseau et couche-toi ensuite au fond, en faisant la morte. Ce soir, tu auras un festin digne des rois ! »
La moufette ne se faisait pas trop d’illusions sur cette manière de se procurer sans grand-peine à dîner mais comme elle n’avait de toute façon pas le choix, elle creusa un trou au bord du ruisseau, s’étendit de tout son long au fond et ferma les yeux.
« Venez vite, regardez, au fond du trou gît la moufette et elle ne bouge pas du tout ! Coassa de tous ses poumons une grenouillette. Elle m’a tout l’air d’être morte. »
L’une après l’autre, les grenouilles sautèrent dans le trou et se mirent à danser la ronde autour du prétendu mort, toutes réjouies que la moufette ait enfin rendu l’âme.
« Essayez de sauter hors du trou ! » leur suggéra le lièvre qui n’avait pas quitté les lieux, pour voir la tournure des évènements.
Lorsque toutes les grenouilles, l’une après l’autre, furent remontées, le lièvre leur fit part de ses préoccupations, l’air vraiment grave :
« Le trou n’est pas suffisamment profond. Qui sait, la moufette n’est peut-être pas encore tout à fait morte ? Elle pourrait sortir du trou, et elle ne ferait ensuite de vous qu’une bouchée. Moi à votre place, je tâcherais d’approfondir encore un peu plus le trou. »
Se félicitant des conseils judicieux du lièvre, les grenouilles regagnèrent le trou d’un bond et se mirent à creuser la terre.
« Et maintenant, essayez encore de ressauter dehors, pour vérifier qu’il est assez profond. »
D’un bond, les grenouilles regagnèrent le bord du trou, et le lièvre déclara :
« Vous voyez bien qui faut creuser encore en dessous de la moufette, pour l’empêcher de sortir si elle revient à la vie. »
Les grenouilles sautèrent donc à nouveau au fond du trou et se remirent aussitôt à la tâche.
« Et maintenant, essayez encore de sauter pour voir s’il est suffisamment profond ! » cria au bout d’un moment le lièvre.
Cette fois-ci, c’est en vain que les grenouilles tentèrent de bondir hors du trou, il avait désormais la profondeur souhaitée.
« Sœur moufette, dit le lièvre en riant, ton dîner est servi ! »
La moufette ouvrit les yeux et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, elle avala toutes les grenouilles.
Le méchant Prince !
Mainte pauvre mère se cachait avec son enfant nu, encore au sein, derrière le mur fumant, mais les soldats la cherchaient, et s’ils la trouvaient, elle et son enfant, le respect de la vie humaine n’existait plus ; les esprits du mal ne pouvaient faire pis.
Le prince trouvait que c’était précisément ce qu’il fallait pour asseoir son autorité ; jour après jour croissait sa puissance, son nom était craint de tout le monde, et le succès l’accompagnait dans tout ce qu’il faisait.
Des villes conquises, il emportait l’or et des trésors immenses ; dans sa ville royale s’entassait une richesse telle qu’il n’en existait nulle part de pareille. Il fit construire des châteaux magnifiques, des églises, des portiques, et quiconque voyait ces splendeurs disait :
« Quel grand prince ! »
On ne songeait pas à la misère qu’il avait répandue dans d’autres pays, on n’entendait pas les soupirs et les lamentations qui montaient des villes incendiées.
Un jour le prince contempla son or, ses magnifiques monuments, et pensa, comme la foule :
- Quel grand prince je suis ! Mais je veux davantage ! Je veux beaucoup plus ! Il faut qu’aucun pouvoir ne soit égal au mien, encore moins supérieur !
Il fit la guerre à tous ses voisins, et les vainquit tous. Il enchaîna les rois vaincus à sa voiture avec des chaînes d’or lorsqu’il parcourut les rues ; et lorsqu’il était à table, il les obligea à rester par terre, à ses pieds et aux pieds des courtisans, et à ramasser les morceaux de pain qu’on leur jetait.
Le prince orgueilleux fit élever sa statue sur les places et dans les châteaux royaux, il voulait même qu’elle fût dressée dans les églises devant l’autel ; mais les prêtres répondirent :
- Prince, tu es grand, mais Dieu est plus grand encore, nous n’osons pas.
- Très bien, dit le méchant prince, je l’emporterai donc aussi sur Dieu !
Dans sa présomption et sa folie, il fit construire une nacelle étrange, avec laquelle il pourrait circuler dans les airs. Elle était diaprée comme la queue du paon, et semblait composée d’une multitude d’yeux, mais chaque œil était un canon de fusil ; le prince se tenait au milieu du vaisseau, il lui suffisait d’appuyer sur une plume, pour que mille balles volent, et que les fusils se rechargent aussitôt.
Cent vigoureux aigles furent attelés devant ce navire, puis le prince s’envola vers le soleil. La terre était tout en bas ; elle parut d’abord, avec ses montagnes et ses forêts, comme un simple champ labouré, où la verdure se montre sous les mottes d’herbage renversées ; elle ressembla ensuite à une grande carte, et bientôt elle fut tout à fait cachée par la brume et les nuages. Les aigles montèrent de plus en plus haut ; alors, Dieu envoya un seul de ses innombrables anges.
Le méchant prince dit partir mille balles contre lui, mais les balles retombèrent comme de la grêle des ailes brillantes de l’ange ; une goutte de sang, unique, coula d’une aile, et cette goutte tomba sur la nacelle où était le prince ; elle s’y fixa solidement, y pesa comme mille quintaux de plomb, et entraîna le navire, le précipitant vers la terre.
Les ailles puissantes des aigles furent brisées, le vent souffla sur la tête du prince, et les nuages tout autour prirent la forme d’êtres menaçants, comme des écrevisses longues de plusieurs lieues, qui allongeaient ver lui leurs énormes pinces ; on aurait dit des montagnes rocheuses qui s’éboulent et des dragons qui crachent des flammes.
A moitié mort, le prince gisait dans son vaisseau, qui finit par rester accrocher entre les branches des arbres de la forêt.
- Je veux vaincre Dieu ! Disait-il, je l’ai juré, ma volonté sera faite !
Pendant sept ans il fit construire d’étranges vaisseaux pour circuler dans les airs, il fit forger des éclairs de l’acier le plus dur ; car il voulait faire sauter la forteresse du ciel. Il leva dans tous ses pays de grandes armées, qui couvraient des lieues et des lieues, lorsqu’elles étaient rangées en lignes serrées.
Elles montèrent dans les vaisseaux, le roi lui-même s’approcha du sien. Dieu envoya alors un essaim de moucherons, un petit essaim, qui bourdonna autour du roi, et lui piqua le visage et les mains ; furieux, il tira son épée, mais ne frappa que l’air sans pouvoir atteindre les moucherons. Alors il ordonna qu’on lui apportât de précieux tapis, où l’on dut l’envelopper, pour qu’aucun moustique ne les traverse de son dard.
L’on fit ce qu’il ordonnait ; mais un seul et petit moustique se mit dans le tapis intérieur, il s’introduit dans l’oreille du roi et l’y piqua ; ça cuisait comme du feu, le poison monta au cerveau, le prince se dégagea violemment, se débarrassa des tapis, arracha ses vêtements et se mit à danser nu, devant tous ses soldats ; qui se moquaient du prince fou qui voulait donner l’assaut à Dieu, et se faisait battre par un seul moucheron.
Le Rossignol !
« Que c’est beau ! » disaient-ils.
Des voyageurs venaient de pays fort lointains pour visiter cité impériale. Ils louaient tous sa beauté, mais quand l’un deux s’aventurait dans la forêt voisine, il ne pouvait s’empêcher d’admirer le chant du rossignol.
Rentrés chez eux, ces voyageurs racontaient leur fabuleux voyage dans des livres qui parlaient tous d’un fabuleux rossignol dont le chant était plus beau que tout ce que les Terres du Milieu ont porté. On fit parvenir ces livres à la cour de Chine. Et c’est ainsi que l’empereur finit par apprendre qu’il possédait un rossignol qui charmait le monde.
Il fit alors venir son chancelier et lui confia :
« Il y a dans mon jardin un rossignol que le monde entier loue et dont je ne sais rien. Trouve-le. »
Le chancelier se démena, interrogeant chacun sur ce rossignol, mais en vain. Au crépuscule, épuisé, il retourna voir l’empereur.
« Je ne l’ai pas trouvé, Votre Majesté. Je doute d’ailleurs qu’il existe. Vous ne devriez pas croire ce que l’on écrit. »
Alors l’empereur se mit en colère.
« Ce livre m’a été envoyé par le puissant empereur du Japon, et l’on ne ment guère à la cour du Soleil-Levant. Je veux entendre ce rossignol car il mérite toutes mes faveurs !
« Bien Sire », répondit le chancelier intimidé.
De nouveau, il chercha le rossignol partout. Enfin, dans les cuisines du palais, il découvrit une jeune fille bien pauvre, qui lui dit gentiment :
« Je sais où se trouve ce rossignol. Je m’arrête souvent dans la forêt proche pour l’entendre et cela me remplit de joie. »
La fillette lui montra le chemin et tous les courtisans la suivirent. Dans la forêt, elle leur montra l’oiseau.
« Rossignol, l’empereur aimerait t’entendre ce soir. Voudrais-tu nous accompagner ? Lui demanda-t-elle.
- Avec plaisir », répondit l’oiseau.
Ce fut une très belle soirée. Toute la noblesse de Chine était réunie dans la salle du trône.
Le silence se fit quand le rossignol vint se poser sur le perchoir en or, près de l’empereur. Puis il chanta. Et ce fut un véritable délice. Personne ne parlait. Tous regardait le rossignol et les larmes de l’empereur.
Car l’empereur était ému. Touché au plus profond de son cœur par la douce mélodie, il pleurait. Dès que l’oiseau se tut, il insista pour le décorer de la plus haute distinction. Mais le rossignol lui répondit :
« Non Sire, j’ai vu vos larmes et c’est mon plus beau présent. »
Les jours suivants, l’oiseau chanta de nouveau. Et bientôt, la ville toute entière fredonna l’air du rossignol.
Enfermé dans une cage d’or fin suspendue dans le jardin, il ne pouvait en sortir que trois fois par jour, la patte attachée à douze fils de soie, tenus par douze domestiques en livrée.
Plus les courtisans et le peuple parlaient avec admiration du rossignol et plus l’oiseau se sentait à l’étroit, loin de la forêt. Et bientôt il s’ennuya.
Or, un matin, un paquet fut apporté par un messager. On l’ouvrit. Dans une boite de bois précieux, un petit oiseau mécanique en argent, recouvert de rubis et de diamants était accompagné de ces mots : « L’oiseau de l’empereur du Soleil Levant est peu de chose à côté du rossignol de l’empereur de Chine. »
L’on fit chanter l’automate. Ce fut l’étonnement général. Son chant était si pur ! Et plus on l’écouta, plus le chant du rossignol parut bien terne à côté. D’ailleurs, on chercha celui-ci, mais en vain. Voilà que par une fenêtre entrouverte, il s’était échappé.
Les jours, suivants, l’oiseau d’argent chanta plus de trente fois devant une cour ébahie. Le maître de musique s’exclama :
« Sire, voyez la supériorité de cet oiseau. Son chant original nous apparaît naturel et ne nous lasse jamais. C’est cela qui le rend si exceptionnel. »
Le vrai rossignol fut ainsi oublié de tous. Mais des pêcheurs qui se souvenaient du rossignol répétaient :
« C’est beau, mais il manque un petit quelque chose à cet oiseau d’argent… »
L’oiseau d’argent reçut la récompense que le rossignol avait osé refuser. Durant un an, le chant de l’oiseau d’argent, posé sur la table de nuit, présida au réveil de l’empereur. Toute la population de la ville connaissait désormais sa mélodie.
Un matin, alors que l’oiseau mécanique venait d’être remonté pour le lever de l’empereur, un petit clic se fit entendre à l’intérieur, suivi d’un couac et d’un ploc. L’instant d’après, l’oiseau se tut.
Une heure plus tard, l’horloger du palais se présenta et ouvrit le mécanisme.
« Ses rouages sont usés, dit-il. Il est impossible de les remplacer car leur agencement est d’une finesse extraordinaire. Je peux bien sûr le réparer, mais il faudra désormais l’écouter moins souvent, si vous ne voulez pas que s’éteigne à jamais cette petite musique. »
L’oiseau ne chanta donc plus qu’une fois par an. Cinq années passèrent. L’état de santé de l’empereur s’aggrava et l’on craignit pour sa vie.
Dans sa grande chambre, l’empereur, pâle et glacé, attendait la mort. Le silence régnait, et tout le monde attendait le jour où l’oiseau d’argent chanterait.
Cependant l’empereur n’était pas encore mort. Un soir, plus las encore que de coutume, il ouvrit les yeux et vit la Mort s’approcher de lui. Elle s’assit entre son oiseau d’argent et lui. Elle tenait dans ses mains un grand sabre d’or et un drapeau de conquête.
Tournoyant autour de lui, elle l’interrogea :
« Te souviens-tu, Empereur, de cette mauvaise action que tu as accomplie ?
- Non, je ne me souviens pas », répondit l’empereur.
Les serviteurs, croyant que l’empereur parlait tout seul, l’abandonnèrent tout à fait et les mauvais esprits le harcelèrent plus encore.
L’empereur à l’agonie appela l’oiseau mécanique.
« Chante pour moi. Ne m’abandonne pas. »
Mais l’oiseau d’argent ne répondit rien, et l’empereur resta dans la pénombre, à la merci de la Mort qui riait près de lui.
Soudain, une mélodie familière s’éleva. C’était le rossignol qui venait consoler l’empereur. Perché sur le chambranle de la fenêtre, il lançait des trilles joyeux. Son chant séduisit la Mort.
« Chante encore, lui dit la Mort, et je te donnerai mon sabre. »
Alors l’oiseau chanta.
La Mort mélancolique abandonna un à un ses joyaux. Et elle se dissipa comme un brouillard.
« Merci, mon petite rossignol. Merci d’être revenu sauver celui qui t’avait honteusement chassé. Accepte mes pauvres excuses. Comment te récompenser à présent ?
- Je n’ai besoin de rien, répondit le rossignol. J’ai vu, un jour, les larmes de mon empereur. J’ai vu combien ton cœur était bon. Les mauvais conseillers qui t’entourent t’ont mal guidé et je ne t’en veux pas. Dors maintenant. Reprends des forces.
- Mais désormais, resteras-tu auprès de moi ? Interrogea le monarque.
- Je resterai jusqu’à ce que tu ailles mieux mais ton palais n’est pas un lieu où construire mon nid. Le soir, je viendrai, je chanterai les bonheurs de la terre pour toi. Mais je te demande une chose….
- Laquelle ? Interrogea l’empereur.
- Tu ne devras jamais révéler que tu as près de ton cœur un oiseau qui te raconte tout et te guide. »
L’empereur promit de garder le secret et s’endormit. Son sommeil fut long et réparateur. Quand l’aube parut, alors que le mauvais chancelier et l’ambitieux maître de musique venaient voir si l’empereur était enfin mort, ils le trouvèrent face à eux, impassible, un sourire aux lèvres.
L’empereur vécut ainsi de longues années encore, aimé de son peuple dont il connaissait les misères grâce au chant du rossignol. Ses mauvais conseillers furent chassés.
Quant à l’oiseau d’argent, on raconte que la nuit, quand tout le monde dort, le rossignol vient le voir, remonte son mécanise et se met à chanter avec lui.
Le rusé Charbonnier !
- J’ai une faim de loup, dit l’ours au charbonnier. Je vais te manger !
- Mon cher ours, je sais que tu es beaucoup plus fort que moi et, en outre, vous êtes deux. J’aurais toutefois une dernière volonté. Laisse-moi manger en paix mon dernier repas.
L’ours accepta. Alors le charbonnier sortit du pain et des saucisses de son sac et se mit à déjeuner devant l’ours affamé.
- Grrrrrrr ! Quelles sont donc ces racines qui sentent si bon ?
- Je te le dirais bien, mais je ne le peux malheureusement pas ! Répondit le charbonnier.
- Ne craint rien ! Grogna l’ours. Cela restera entre nous.
Le charbonnier avala lentement une dernière bouchée.
- Ce sont des saucisses de sanglier, dit-il.
Aussitôt dit, aussitôt compris, l’ours saisit le pauvre sanglier et le tailla en pièces.
- Et maintenant, rusé charbonnier, fais-moi bien vite de ces succulentes saucisses.
- Volontiers, camarade, rétorqua le charbonnier. Mais pour cela, il me faut du feu et une marmite. Je dois aussi me laver les mains. Elles sont tellement sales qu’elles gâcheraient le goût de la saucisse.
- Va vite à la rivière, grogna l’ours qui perdait patience.
A son retour, le rusé charbonnier demanda à l’ours la permission de s’essuyer les mains sur son pelage avant de se mettre à l’œuvre. Celui-ci accepta de mauvaise grâce.
Un renard et un loup s’approchèrent, attirés par l’odeur de la viande. Ils participèrent aussitôt aux préparatifs. Le loup fit du feu, le renard apporta une marmite et le charbonnier abattit un hêtre pour entretenir la flamme. Il enfonça deux coins dans une bûche mais ne put la fendre, du moins semblait-il.
- Viens m’aider, camarade, dit-il à l’ours. Ta force ne sera pas de trop. Mets tes griffes dans la fente et tire autant que tu pourras !
- Méfies-toi de ce charbonnier, le prévint le loup effrayé. Il est malin comme un renard.
Mais n’écoutant que sa faim, l’ours tirait déjà de toutes ses forces. Le charbonnier enleva alors les deux coins et l’ours se trouva les pattes coincées dans la fente.
- Ça fait mal ! Ça fait mal ! Hurlait-il.
- Je connais un moyen de te faire oublier ta douleur, dit le charbonnier. Ne sens-tu pas déjà la bonne odeur de chair qui chauffe ?
Et se saisissant d’un lourd bâton, il administra à l’ours la plus grande correction qui ait jamais reçue.
Le loup, craignant qu’il ne lui en cuise bientôt, fila la queue entre les pattes et ne reparut plus.
- Je t’avais bien dit de te méfier de ce filou de charbonnier ! Cria-t-il à l’ours en s’enfuyant à grands bonds, suivi du renard qui avait abandonné la marmite.
Quant au charbonnier, il garda le feu et la marmite, et du pauvre sanglier, il ne resta bientôt que des saucisses.
Ahhh quel look d'enfer !!!! mdr Bravo!!!!!!! read more
on Pour répondre à Aglaé cap ou pas cap ? Je lui dis cap mdrrrrrrr...