(Conte abénaki)
Un chasseur était parti un jour à la recherche de gibier. Tout d'un coup, un gros ours noir sort d'un buisson. Le chasseur n'avait que sa lance et son couteau pour se défendre.
« Awassos », dit le chasseur, « je ne suis pas venu ici pour te faire du mal, je te laisse en paix ».
Mais l'ours, Awassos, avait autre chose en tête et avance en direction du chasseur. Celui-ci, craignant pour sa vie, s'éloigne. L'ours savait qu'il était plus fort que le chasseur et se lance à sa poursuite.
Pour se protéger, le chasseur s'enfuie en courant, avec la pointe de sa lance orientée vers l'arrière. Apercevant un bosquet très dense, il s'y enfonce en espérant que les branches ralentiront l'ours.
C'est alors que le chasseur se rend compte que sa lance s'est prise dans un lierre. En tentant désespérément de dégager sa lance, le chasseur tire dessus de toutes ses forces.
Puis, soudain, alors que l'ours allait le rattraper, le chasseur échappe sa lance qui vole en direction de l'ours. Le lierre avait servi à propulser la lance.
À la grande surprise du chasseur, la lance s'enfonce dans la poitrine de l'animal, lui infligeant une blessure mortelle.
« Iahi ! », s'exclame le chasseur.
« Wliwni, Kchi Niwaskw ! »
« Merci, Grand Esprit, de m'avoir sauvé la vie, de m'avoir fourni de la nourriture et des vêtements pour ma famille. »
C'est en remerciant le Grand Esprit que le chasseur se rend compte qu'il pouvait fabriquer une nouvelle arme.
« Enni ! », s'enthousiasme le chasseur.
Plutôt que de se servir d'un arbre, il pourrait dorénavant employer une branche d'arbre et à la place de lierre, il pourrait se servir d'une corde fabriquée avec de l'asclépiade.
Le chasseur remercia le Grand Esprit de lui avoir procuré ce nouvel outil de chasse.
Et c'est ainsi que l'arc et la flèche ont été créés !
Un jour, au retour de Rome, une cloche batifole. Là, elle fait un brin de causette avec des nuages.
"Qu'est-ce qui rend vos formes si diverses, si changeantes ? Qu'est-ce qui vous rend si rose ou si gris par moment ? Je vous en prie répondez-moi avant que je n'aille de nouveau m'enfermer dans le banal clocher d'où je viens."
Elle pleurniche, espérant s'attirer leur bonne grâce. "Un seul voyage par an c'est bien peu pour un être de ma qualité. Imaginez ma solitude quotidienne. Donnez-moi donc votre recette pour changer comme vous le faites.
" Elle s'extasie : "O on dirait un paon, puis un éléphant, puis un ours debout sur ses pattes. Quel spectacle ! Vous êtes géniaux !"
Un peu de flatterie produit parfois des résultats étonnants, n'est-il pas vrai ? Mais les nuages demeurent muets. Ils se contentent de suivre leur petit bonhomme de chemin sans se soucier d'elle. Faute de résultats avec les nuages, elle s'arrête pour contempler les oiseaux, les forêts, les cours d'eau.
Elle rit du vol d'un oiseau retardataire. Elle s'amuse à voir se cacher puis réapparaître un ruisseau parmi des herbes folles. Elle descend un peu pour mieux observer les fleurs, les animaux gambadant dans les bois, les poissons nageant dans des étangs. Ceci ralentit sa progression. Jamais, elle ne sera rentrée pour Pâques.
Quand enfin, elle reprend conscience de sa tâche, il est trop tard. Elle a beau s'appliquer, elle manque d'énergie. Il faut dire qu'elle est plus que remplie d'œufs et de sujets en chocolat. La voilà qui s'affole. Plus elle panique, moins elle trouve la force d'avancer.
Passe alors un grand oiseau, qui paraît glisser avec une telle facilité qu'elle se met à l'envier. Elle parle bas pour elle-même, mais il l'entend geindre :
"Il me faudrait un peu de la puissance de cet oiseau. Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour qu'il m'emmène secrètement avec lui jusqu'à mon clocher !"
Alors, lui qui sous ses grands airs de seigneur dissimule une faiblesse appelée gourmandise, n'est pas prêt à laisser passer l'aubaine. Il fait demi-tour, tournoie autour d'elle, plonge, remonte. Il se laisse admirer, envier puis, mine de rien propose:
"Puis-je vous aider ma chère vous me paraissez tellement fatiguée ?
" Elle se laisse convaincre sans effort. Bientôt la voilà agrippée, voyageant à une vitesse indescriptible. La voilà proche du but, mais l'oiseau se pose avec elle, la renverse sur la prairie proche de l'église.
En quelques coups de bec, il vole tout son chargement qu'il camoufle comme il peut entre ses ailes et qu'il prend dans ses serres. En quelques secondes, elle est dépouillée de son bien par ce détrousseur des airs.
"Merci pour ces friandises. Chaque travail mérite salaire n'est-ce pas ?"
Sur ces mots, l'oiseau la quitte. Elle l'entend se moquer, ricaner, se glousser. Elle gémit. L'heure est aux regrets, au repentir. Tant bien que mal, elle se redresse et rejoint son petit clocher banal. Par sa faute, les enfants du village seront privés de chocolat. Elle s'examine avec le plus grand soin. Plus le moindre copeau de chocolat, plus le moindre œuf, le moindre sujet. Elle pleure et ses pleurs parviennent jusqu'aux cieux.
J'ai honte. Je suis furieuse. Comment oserai-je encore sonner ? J'en veux à ces nuages, ces paysages verdoyants et surtout à cet oiseau de malheur. Maudits soient-ils tous et maudit soit le chocolat !
A peine a-t-elle parlé ainsi, que la voici transformée tout entière en chocolat. Le matin de Pâques, se répand par tout le village une délicieuse odeur. Pourtant, les jardins sont vierges des sujets qui les décorent habituellement, ce matin là. Avant la messe, impossible au sacristain de faire tinter la cloche.
Le pauvre homme est désappointé. Il va aller voir là-haut mais au plus il s'approche, au plus il est écœuré par l'odeur. Le sens du devoir étant le plus fort, il progresse en dépit des hauts de cœur.
Enfin, il aperçoit la cloche fautive, immense, brillante, brune, décorée d'une sorte de pictogramme. Il court se confier à son curé.
"Il n'y a plus qu'à la casser, à la partager entre tous les habitants du village", estime le curé.
Ce qui est dit, est fait. Il faut même avoir recours au bûcheron pour avoir raison de la cloche. Le curé est bien désappointé de se trouver sans cloche mais les enfants sont ravis. Jamais il n'y a eu autant de chocolat pour un jour de Pâques.
Jamais le chocolat n'a eu un arôme à la fois si doux et si puissant. Longtemps des effluves de chocolat restèrent présentes dans tout le village. Les jours qui suivirent, on vint de tous les environs pour flairer et pour déguster.
Quelques jours plus tard, tous les villageois s'unirent pour rassembler les fonds nécessaires à l'achat d'une nouvelle cloche. Il faut dire que la vente des surplus de chocolat aux étrangers alimenta pour beaucoup la collecte.
Ainsi fut remplacée l'inconsciente. On ne s'expliqua pas ce qui était arrivé. On évita tout commentaire. Les années suivantes, la nouvelle cloche remplit son rôle à la perfection.
Aujourd’hui est un grand jour pour la famille Pique. Marie, Pierre et Stéphane Pique vont au concours des cerfs-volants avec leur maman. Depuis le matin, ils sont très excités et ne tiennent plus en place.
Ils n’arrêtent pas de se chamailler, courent dans toute la maison, font énormément de bruit. Un dispute un peu plus bruyante que les autres survient :
- C’est moi qui vais tenir le cerf-volant, dit Stéphane.
- Non, c'est moi, réplique Pierre. Je l’ai monté et en plus je suis l’aîné.
- Pas du tout, dit Marie. C’est moi qui ai coupé les morceaux. C’est moi qui le tiendrai.
- Oh non, pas une fille, dit Pierre en ouvrant de grands yeux. Tu risquerais de le laisser s’envoler.
- Je te signale que les filles sont aussi capables que les garçons. Et puis, nous, nous faisons tout avec beaucoup plus de soin, rétorque Marie en haussant les épaules.
Madame Pique qui n’a perdu aucun mot de la conversation intervient :
- Ne vous disputez pas. J’ai une très bonne solution. Nous le tiendrons tous les quatre.
Il n’y aura ainsi pas de risque qu’il s’envole. Allons, les enfants. Il est l’heure de partir si nous ne voulons pas manquer le début du concours.
Et les voilà en route tous les quatre tenant fièrement à la main leur cerf-volant tout neuf.
Ils se mettent à chanter une chanson pour se donner du courage. Ils aimeraient tellement gagner ce concours... Ils ont beaucoup travaillé mais ils n'ont pas eu le temps de tester leur engin.
Ils marchent pendant un bon moment et arrivent à proximité du champs où se tient le concours quand Marie crie :
- Maman, je me suis fait mal au pied.
Madame Pique s'immobilise, lâche le cerf-volant et vient inspecter le pied de sa fille. A première vue, il n'y a rien.
Essaie de marcher, dit-elle.
Marie lâche le cerf-volant à son tour et avance en boitillant.
-Ca fait vraiment très mal, maman.
Pendant ce temps, Stéphane et Pierre se sont rapprochés de l'aire de départ.
- Bonjour les Pique, dit Monsieur Dard, l'organisateur du concours. Votre maman n'est pas avec vous ?
- Elle arrive, répondent les Pique en chœur. Elle est restée avec Marie qui a mal au pied. Est-ce que le concours commence bientôt ?
- Tout de suite. Préparez-vous et bonne chance ...
Pierre s'élance et tout à coup une énorme rafale de vent emporte le cerf-volant dans les airs. Stéphane a juste le temps d'attraper la corde que Pierre a lâchée en tombant sur le sol. Le cerf-volant monte, monte ... Il n'est bientôt plus qu'un petit point dans le ciel. Mais où est Stéphane ?
Il est accroché à la corde et se balance au gré du vent. Il regarde vers le sol et se sent pris de vertige. Comme le monde est petit vu d'en haut. Stéphane s'agrippe à la corde. Il ne pouvait pas imaginer voler un jour. Mais que va-t-il arriver ?
Au bout de quelques minutes, le cerf-volant perd de l'altitude et Stéphane commence à apercevoir les autres concurrents, son frère, sa soeur et sa mère.
Il s'approche de plus en plus du sol. Il prépare sa chute et au moment où il va atteindre le sol, un grand coup de vent l'emporte à nouveau dans les airs
Cette fois, il s'éloigne. Il vole au-dessus de la forêt et arrive à proximité d'un étang. Il se sent bien seul et a un peu peur. Si seulement il savait où se trouve sa maison. De grosses larmes roulent sur ses joues.
Il est très malheureux. Soudain, il aperçoit de l'autre côté de l'eau son père en train de pêcher. Et, comme le hasard fait toujours bien les choses, c'est juste à ce moment que le vent faiblit.
Le cerf-volant descend et se pose doucement dans la prairie au bord de l'étang. Stéphane ne se sent plus de joie et court rejoindre son père.
Monsieur Pique s'était endormi et des grenouilles malicieuses en avaient profité pour lui accrocher une de ses bottes au bout de son hameçon.
- Papa, réveille-toi. C'est moi, Stéphane.
Le Père Pique ouvre les yeux et est bien étonné de voir son fils près de lui.
- Je me suis envolé avec le cerf-volant et j'ai eu très peur. Oh ! que je suis content de te retrouver mon petit papa. Nous ne gagnerons pas le concours mais quel beau voyage. Voler c'est extraordinaire. Dis, tu as déjà volé, toi ?
Monsieur Pique range son matériel de pêche et rentre à la maison avec son fils. Vite, il faut prévenir Madame Pique qui doit être bien inquiète.
Qu'importe le résultat du concours ! Ce qui compte, avant tout, c'est la famille. Que tous soient réunis et en bonne santé.
Stéphane aura une belle histoire à raconter. Il aura vécu une aventure extraordinaire mais jamais il ne dira à personne qu'il a eu très peur.
Car c'est ça être un hérisson !
Et puis, c'est tellement fabuleux de voler comme les oiseaux..
On peut dire que je n’ai jamais eu autant d’amis et connaissances dans ma vie. Ils et elles sont disséminés un peu partout dans le monde et savez-vous que je ne les ai jamais vus ?
Oui ce sont des amis virtuels, pour employer le mot adéquat. Toutes ces personnes sont des contacts que j’ai par Internet. Et c’est bizarre, je leur en raconte plus qu’à mes proches.
Savez-vous que j’ai une amie qui connaît mes problèmes de timidité, alors que dans la famille je fais le fanfaron et l’on croit que je suis un sacré numéro ? Et l’autre qui est au courant de mes faiblesses physiques. Ah !
Je suis toujours prêt à rendre service, moi. Mais ensuite, il me faut ingurgiter d’urgence l’anti-truc, l’anti-machin, pour essayer de faire passer mes maux et douleurs. Et l’autre qui connaît cela, l’autre ceci …. On rigole ensemble, on s’aime bien.
Mais dans la rue, je baisse le nez et tourne la tête pour ne pas affronter un regard, des fois que le contact passerait, ça ferait une personne en plus à qui mentir.
Peut-on dire que l’on a des amis quand on ne sait même pas s’ils sont véritablement sincères ? Rien ne vaut l’expression d’un regard, l’intonation d’une voix, pour savoir tout de suite si cette personne est loyale.
Je ne suis ni isolé, ni sauvage avec toutes ces connaissances, mais mon entourage me trouve trop casanier, pourtant je sors de chez moi !!!
Enfin virtuellement. Je m’extériorise mondialement, sans quitter ma pièce. Que peut-on en déduire ? Internet favorise les contacts en nous enfermant dans le cocon d’un univers fictif, devant l’écran d’un ordinateur.
Et vite le matin, le soir, il me faut savoir si mes amis ont ou vont passer une agréable journée.
Mais si par malheur le téléphone se met à vibrer, donc une personne proche, qui me connaît réellement, qui veut me parler, au fond de moi je râle, je ne vais pas pouvoir connecter ……
Mars est un mois qui n’a pas un bon nom.
En fait, les gens le croient un peu fou mais en réalité, Mars est comme un jeune garçon quelque peu inconstant tel Jean qui rit ou Jean qui pleure. A certains moments, il fait très beau, à d’autres, il fait tempête. Il ne faut jamais s’y fier et nul ne peut jamais prévoir ce qu’il nous réserve comme surprises.
Pour vous faire connaître son caractère, je vais vous raconter l’histoire de Mars aux prises avec un berger ou mieux encore, un berger aux prises avec Mars.
Alors qu’il s’en allait faire paître son troupeau de moutons, un berger rencontra Mars sifflotant et tout guilleret en ce début de mois. Il venait de succéder à Février et il était heureux d’être là.
- " Bonjour pasteur, dit le mois nouveau. Vers quels verts pâturages t’en vas-tu avec tes moutons ? "
- " Aujourd’hui, répond le vieil homme, je vais dans la montagne. "
- " C’est très bien ! " lui dit Mars avec une étincelle coquine dans le regard.
Mais le pasteur qui est un très vieil homme plein d’expérience se méfie et comprend sans peine les intentions de Mars. Au lieu de monter dans la montagne, il s’en va dans la plaine.
Le soir en rentrant vers la bergerie, il rencontre Mars trempé des pieds à la tête et avec les cheveux en bataille.
- " Alors, quelles nouvelles de cette journée ? " demande Mars au pasteur.
- " Rien de bien spécial. Je suis allée dans la plaine et il a fait un temps superbe. ".
Mars se mord les lèvres pour ne rien dire et avec son plus joli sourire il demande au pasteur :
- " Et demain ? Où comptes-tu aller ? "
- " Demain ? Je retourne dans la plaine. L’herbe est grasse et mes brebis semblent l’apprécier. "
- " Tu fais bien. " dit le jeune homme sur un ton malicieux.
Le lendemain matin, Mars se précipite vers la plaine afin d’y faire une tempête. Mais notre pasteur au lieu d’aller dans la plaine, grimpe dans la montagne avec son troupeau.
Le soir, lorsqu’il retrouve Mars, celui-ci est tout refroidi. Mais il essaye de n’en laisser rien paraître. Il lui demande sur un ton suave :
- " Et alors, aujourd’hui ? Comment cela a-t-il été ? "
- " Aussi bien que possible. Je suis allé sur la montagne et il y avait un très beau soleil. "
Mars fait la moue.
- " Et demain ? Où iras-tu ? " demande-t-il ?
- " Demain, je retourne dans la plaine ; j’ai vu ce soir certains nuages derrière la montagne et il se pourrait qu’il pleuve. Je ne veux pas prendre de risques. "
- " Bien pensé ! " dit le jeune homme.
Le jour suivant il va donc dans la plaine pour y faire des bourrasques alors que notre berger grimpe allègrement dans la montagne avec ses moutons. Cela dure pendant trente jours et jamais Mars ne parvient à surprendre le pasteur avec une bonne averse.
Le soir du trentième jour, le pasteur dit à Mars :
- " A présent, il n’y a plus à se méfier du temps. Demain Avril commence et je peux dormir tranquille. J’irai dans la montagne. A présent, le temps est bon. On va vers la bonne saison. "
Mars en entendant ces paroles se précipite chez son frère et lui demande de lui faire un plaisir, un cadeau, juste pour une fois.
- " Prête-moi un jour, mon cher frère. J’ai besoin de voir un pasteur demain et je voudrais lui faire un présent. "
Avril qui est un mois très serviable et qui a un coeur bon accepte sans se douter du dessein de son frère.
- " Prends-le ce jour, je te l’offre, pour toujours. "
Le lendemain, Mars va dans la montagne. Il amène avec lui la grêle, le vent, la pluie et même la neige. Il déchaîne les éléments et notre pasteur se retrouve tout trempé et ses moutons avec lui.
Le soir, lorsque Mars s’approche du feu auprès duquel le berger se réchauffe et fait sécher ses vêtements, il ne peut s’empêcher d’arborer un superbe sourire.
- " Eh bien, berger ! Comment c’est passée ta journée ? "
- " Mal, très mal, répond le berger tout dépité. Il a fait du vent, de la pluie de la grêle et même de la neige. Je ne comprends pas comment le mois d’Avril... "
Mais il ne peut terminer sa phrase car Mars part d’un éclat de rire et lui raconte tout en hoquetant sous l’effet de son rire comment son frère lui a donné un jour.
-" Maintenant, dit-il, je n’aurai plus trente jour mais bien trente et un. Souviens t’en berger pour l’année prochaine... "
Et il s’en va laissant la place au mois d’avril.
Un beau jour de printemps, le soleil était si plaisant que je décidai d’aller faire une promenade.
Mes pas m ‘entraînaient déjà vers la campagne toute proche. Je vis les arbres bourgeonnant et cela me fit vraiment comprendre que la nature reprenait ses droits, malgré toutes les misères que l’humain lui faisait endurer.
Par ici, une petite fleur sortait de terre, par là, un petit animal sautillait dans l’herbe.
Comme c’est beau et comme ça sent bon, comment peut-on manquer à tel point de respect pour notre patrimoine ?
C’est avec ces idées plein la tête que je flânais le long d’un sentier. Un bruit attira mon attention, des craquements de branchettes écrasées, une voix maugréant je ne sais quoi
Je tends le cou et j’aperçois une ombre pas très loin de l’endroit où je suis, je vais à sa rencontre.
Stupeur, arrivé à quelques mètres de ce personnage mon cœur se serre. Un individu, tout marron, bizarrement accoutré me fixe d’un regard perçant.
Je me risque à saluer de la tête, pas de réponse. Peut-être une espèce de race venue d’ailleurs, c’est l’idée qui me traverse l’esprit telle une flèche.
Je demande timidement,
- Vous venez de quelle planète ?
- Quelle planète ? Me répond cette chose.
- Bien oui, quoi, ici nous sommes terriens, et vous ?
- Ben moi aussi, mon pauvre gars, oui un terrien de la planète Terre.
- Je n’en crois rien, pourquoi êtes vous tout marron et si puant, alors ?
- J’étais à la pêche.
- Ah ! Et puis ?
- Je suis tombé à l’eau.
- Oui mais ?
- En voulant changer de position, j’ai glissé et me suis retrouvé dans l’eau.
- Mais où pour être arrangé de cette façon ?
- Dans la rivière, vous savez derrière le déversement de l’usine de teinture …..
Elle est belle notre nature ….
Il était une fois, une fille âgée de 18 ans. Elle était très gentille, et elle s'appelait Zaguer. Elle habitait au milieu de la campagne, sa maison était la plus grande de la région.
Zaguer se promenait dans la forêt, tout à coup, elle vit une maison en bois avec la porte ouverte et de la lumière ; elle y rentra et elle vit un Merlin enchanteur et ce Merlin lui montra un cube et il dit :
- Touche ce cube et tu deviendras Super Médailaujy, ta mission sera de sauver le monde mais attention les méchants sont violets et leur arme est redoutable.
C'est une langue super longue et collante, celui qui les a envoyés sur terre s'appelle Lobos. Lobos est un monstre gluant et il a un seul oeil. Tu devras le combattre dans la grotte de glace.
Alors Zaguer toucha le cube, une lumière éclata sur elle, BOOOM !!! Et Zaguer devint Super Médailaujy. Son casque était en or, son habit était tout rouge et elle avait des supers pouvoirs dont la " Super Force ".
Le merlin lui dit :
- Ton sauvetage va commencer.
Et Super Médailaujy quitta la maison de Merlin l'enchanteur. Une heure plus tard elle rencontra un ver de terre qui lui dit :
- Tu es Super Medailaujy?
- Oui en effet.
- Alors tiens c'est le bouclier de pierres, il te servira à combattre les méchants.
Super Médailaujy prit le bouclier et elle reprit sa route.
Soudain deux méchants violets apparurent. Super Médailaujy prit son épée mais les deux méchants tirèrent leur langue et elles s'enroulèrent sur son épée mais Super Médailaujy tira son épée et les langues des méchants se cassèrent.
Super Médailaujy reprit sa route. Deux heures plus tard Super Médailaujy s'arrêta et installa sa tente.
Le lendemain matin super Médailaujy démonta sa tente et reprit son chemin.
Trois heures plus tard elle rencontra un méchant violet, Super Médailaujy sortit un de ses pouvoirs : la Super Vitesse. Elle donna un coup de poing et le méchant s'envola.
Quinze heures plus tard, elle découvrit la grotte de glace. Elle y rentra, et elle découvrit Lobos qui lui dit :
- Ah, je t'attendais depuis longtemps, allez viens te battre !
Super Médailaujy prit son épée mais Lobos enroula ses mains sur l'épée de Super Médailaujy et son épée tomba. Lobos cassa les joyaux de ses pieds et tous les pouvoirs de Super Médailaujy s'en allèrent. Super Médailaujy prit le joyau que le ver de terre lui avait donné.
Un rayon laser éclata sur Lobos et Lobos tomba dans l'abîme de la mort.
La coquille qui emprisonnait la terre éclata. Un rayon ramena Super Médailaujy chez elle.
Tout le monde l'acclama et le soir ils firent une fête jusqu'à minuit.
C’était au commencement du monde. Les bons et les mauvais esprits se partageaient la terre ; nous devons croire que les bons esprits furent les plus forts puisque, malgré eux, la terre est restée et restera belle.
Un de ces bons esprits se reposait un jour dans une clairière. Il s étaient endormi près d’un feu qui commençaient à s’éteindre. Un mauvais esprit le guettait qui trop lâche pour s’attaquer ouvertement a celui qu’il détestait, crut le moment venu de lui jouer un mauvais tour.
Le génie malfaisant se mit donc à ranimer les flammes du foyer en y jetant des brassées de feuilles mortes, puis il poussa le dormeur si doucement et si régulièrement que celui-ci, sans rien sentir, finit par se trouver à peu de distance du feu.
Le mauvais esprit alimenta alors les flammes avec le bois sec qu’il avait préparé. Tout d’abord elles montèrent droites et belle vers le ciel. Il souffla de toutes ses forces : « Whou… Whou….. Whou….. ».
De son souffle malfaisant, ou il mettait toute sa haine, il dirigeait le feu vers l’esprit du bien, dont les cheveux s’enflammèrent.
La douleur réveilla le dormeur qui affolé et hurlant, se releva bondissant et se mit a courir, ne sachant comment éteindre les flammes qui consumaient sa chevelure. Il ne pouvait courir loin.
Il savait qu’il risquerait d’incendier la forêt en la traversant pour aller se jeter à la rivière. Il fallait donc, tantôt bondissant et tournant sur lui-même, tantôt se roulant sur le sol nu, appelant désespérément : « au secours ! Au secours ! Au secours ! ».
Un de ses amis, le vent d’Ouest, l’entendit. Il arrive en courant. Il cueillit au passage le mauvais esprit qui s’enfuyait et l’écrasa contre un arbre, puis, voyant la chevelure en feu, le vent d’Ouest souffla de toutes ses forces sur la tête de son ami exténué.
« Whou… Whou….. Whou….. ». Comme il est bienfaisant le souffle du vent d’Ouest ! Cette fois, chacun de ces « Whou… Whou….. Whou….. » arrachait l’un après l’autre les cheveux enflammés qui tombaient sur le sol.
Ils y prirent racine car le grand manitou ne veut pas que la souffrance des bons soit stérile.
Il veut qu’elle serve à quelque chose. De chaque racine sortit une plante dont les feuilles, une fois séchées, rappellent les cheveux brûlés du bon esprit. Les indiens l’appelèrent « petun » nous l’appelons « tabac ».
Ce qui prouve la véracité de cette légende, c’est que pendant de longs siècles, les indiens furent les seuls à connaître cette plante.
Il fallut la découverte de l’Amérique et l’exploration du Nouveau Monde par les Européens pour que le tabac fût importé en Europe, où son usage se propagea peu à peu.
L’abus qu’on en fait parfois est peut-être une vengeance des quelques mauvais esprits qui sont restés sur terre.
Pour ceux qui ont lu la première partie…………Si vous vous sentez d’attaque voilà la suite d’hier….
De temps en temps, une note triste passe, et roule dans le ciel comme un ronflement de conque marine. C’est le butor qui plonge au fond de l’eau son bec immense d’oiseau pêcheur et souffle... rrrououou ! Des vols de grues filent sur ma tête. J’entends le froissement des plumes, l’ébouriffement du duvet dans l’air vif, et jusqu’au craquement de la petite armature surmenée. Puis, plus rien. C’est la nuit, la nuit profonde, avec un peu de jour resté sur l’eau...
Tout à coup j’éprouve un tressaillement, une espèce de gêne nerveuse, comme si j’avais quelqu’un derrière moi. Je me retourne, et j’aperçois le compagnon des belles nuits, la lune, une large lune toute ronde, qui se lève doucement, avec un mouvement d’ascension d’abord très sensible, et se ralentissant à mesure qu’elle s’éloigne de l’horizon.
Déjà un premier rayon est distinct près de moi, puis un autre un peu plus loin... Maintenant tout le marécage est allumé. La moindre touffe d’herbe a son ombre. L’affût est fini, les oiseaux nous voient : il faut rentrer. On marche au milieu d’une inondation de lumière bleue, légère, poussiéreuse ; et chacun de nos pas dans les clairs, dans les roubines, y remue des tas d’étoiles tombées et des rayons de lune qui traversent l’eau jusqu’au fond.
IV - LE ROUGE ET LE BLANC.
Tout près de chez nous, à une portée de fusil de la cabane, il y en a une autre qui lui ressemble, mais plus rustique. C’est là que notre garde habite avec sa femme et ses deux aînés : la fille, qui soigne le repas des hommes, raccommode les filets de pêche ; le garçon, qui aide son père à relever les nasses, à surveiller les martilières (vannes) des étangs.
Les deux plus jeunes sont à Arles, chez la grand’mère ; et ils y resteront jusqu’à ce qu’ils aient appris à lire et qu’ils aient fait leur bon jour (première communion), car ici on est trop loin de l’église et de l’école, et puis l’air de la Camargue ne vaudrait rien pour ces petits. Le fait est que, l’été venu, quand les marais sont à sec et que la vase blanche des roubines se crevasse à la grande chaleur, l’île n’est vraiment pas habitable.
J’ai vu cela une fois au mois d’août, en venant tirer les hallebrands, et je n’oublierai jamais l’aspect triste et féroce de ce paysage embrasé. De place en place, les étangs fumaient au soleil comme d’immenses cuves, gardant tout au fond un reste de vie qui s’agitait, un grouillement de salamandres, d’araignées, de mouches d’eau cherchant des coins humides. Il y avait là un air de peste, une brume de miasmes lourdement flottante qu’épaississaient encore d’innombrables tourbillons de moustiques.
Chez le garde, tout le monde grelottait, tout le monde avait la fièvre, et c’était pitié de voir les visages jaunes, tirés, les yeux cerclés, trop grands, de ces malheureux condamnés à se traîner, pendant trois mois, sous ce plein soleil inexorable qui brûle les fiévreux sans les réchauffer...
Triste et pénible vie que celle de garde-chasse en Camargue ! Encore celui-là a sa femme et ses enfants près de lui ; mais à deux lieues plus loin, dans le marécage, demeure un gardien de chevaux qui, lui, vit absolument seul d’un bout de l’année à l’autre et mène une véritable existence de Robinson. Dans sa cabane de roseaux, qu’il a construite lui-même, pas un ustensile qui ne soit son ouvrage, depuis le hamac d’osier tressé, les trois pierres noires assemblées en foyer, les pieds de tamaris taillés en escabeaux, jusqu’à la serrure et la clé de bois blanc fermant cette singulière habitation.
L’homme est au moins aussi étrange que son logis. C’est une espèce de philosophe silencieux comme les solitaires, abritant sa méfiance de paysan sous d’épais sourcils en broussailles. Quand il n’est pas dans le pâturage, on le trouve assis devant sa porte, déchiffrant lentement, avec une application enfantine et touchante, une de ces petites brochures roses, bleues ou jaunes, qui entourent les fioles pharmaceutiques dont il se sert pour ses chevaux.
Le pauvre diable n’a pas d’autre distraction que la lecture, ni d’autres livres que ceux-là. Quoique voisins de cabane, notre garde et lui ne se voient pas. Ils évitent même de se rencontrer. Un jour que je demandais au roudeïroù la raison de cette antipathie, il me répondit d’un air grave :
— C’est à cause des opinions... Il est rouge, et moi je suis blanc.
Ainsi, même dans ce désert dont la solitude aurait dû les rapprocher, ces deux sauvages, aussi ignorants, aussi naïfs l’un que l’autre, ces deux bouviers de Théocrite, qui vont à la ville à peine une fois par an et à qui les petits cafés d’Arles, avec leurs dorures et leurs glaces, donnent l’éblouissement du palais des Ptolémées, ont trouvé moyen de se haïr au nom de leurs convictions politiques !
V - LE VACCARÈS.
Ce qu’il y a de plus beau en Camargue, c’est le Vaccarès. Souvent, abandonnant la chasse, je viens m’asseoir au bord de ce lac salé, une petite mer qui semble un morceau de la grande, enfermé dans les terres et devenu familier par sa captivité même. Au lieu de ce dessèchement, de cette aridité qui attristent d’ordinaire les côtes, le Vaccarès, sur son rivage un peu haut, tout vert d’herbe fine, veloutée, étale une flore originale et charmante : des centaurées, des trèfles d’eau, des gentianes, et ces jolies saladelles, bleues en hiver, rouges en été, qui transforment leur couleur au changement d’atmosphère, et dans une floraison ininterrompue marquent les saisons de leurs tons divers.
Vers cinq heures du soir, à l’heure où le soleil décline, ces trois lieues d’eau sans une barque, sans une voile pour limiter, transformer leur étendue, ont un aspect admirable. Ce n’est plus le charme intime des clairs, des roubines, apparaissant de distance en distance entre les plis d’un terrain marneux sous lequel on sent l’eau filtrer partout, prête à se montrer à la moindre dépression du sol. Ici, l’impression est grande, large.
De loin, ce rayonnement de vagues attire des troupes de macreuses, des hérons, des butors, des flamants au ventre blanc, aux ailes roses, s’alignant pour pêcher tout le long du rivage, de façon à disposer leurs teintes diverses en une longue bande égale ; et puis des ibis, de vrais ibis d’Égypte, bien chez eux dans ce soleil splendide et ce paysage muet. De ma place, en effet, je n’entends rien que l’eau qui clapote, et la voix du gardien qui rappelle ses chevaux, dispersés sur le bord. Ils ont tous des noms retentissants : « Cifer ! ... (Lucifer)... L’Estello ! ... L’Estournello ! ... » Chaque bête, en s’entendant nommer, accourt, la crinière au vent, et vient manger l’avoine dans la main du gardien...
Plus loin, toujours sur la même rive, se trouve une grande manado (troupeau) de bœufs paissant en liberté comme les chevaux. De temps en temps, j’aperçois au-dessus d’un bouquet de tamaris l’arête de leurs dos courbés, et leurs petites cornes en croissant qui se dressent.
La plupart de ces bœufs de Camargue sont élevés pour courir dans les ferrades, les fêtes de villages ; et quelques-uns ont des noms déjà célèbres par tous les cirques de Provence et de Languedoc. C’est ainsi que la manado voisine compte entre autres un terrible combattant appelé le Romain, qui a décousu je ne sais combien d’hommes et de chevaux aux courses d’Arles, de Nîmes, de Tarascon. Aussi ses compagnons l’ont-ils pris pour chef ; car dans ces étranges troupeaux les bêtes se gouvernent elles-mêmes, groupées autour d’un vieux taureau qu’elles adoptent comme conducteur.
Quand un ouragan tombe sur la Camargue, terrible dans cette grande plaine où rien ne le détourne, ne l’arrête, il faut voir la manado se serrer derrière son chef, toutes les têtes baissées tournant du côté du vent ces larges fronts où la force du bœuf se condense. Nos bergers provençaux appellent cette manœuvre : vira la bano au giscle tourner la corne au vent. Et malheur aux troupeaux qui ne s’y conforment pas !
Aveuglée par la pluie, entraînée par l’ouragan, la manado en déroute tourne sur elle-même, s’effare, se disperse, et les bœufs éperdus, courant devant eux pour échapper à la tempête, se précipitent dans le Rhône, dans le Vaccarès ou dans la mer.
I - LE DÉPART.
Grande rumeur au château. Le messager vient d’apporter un mot du garde, moitié en français, moitié en provençal, annonçant qu’il y a eu déjà deux ou trois beaux passages de Galéjons, de Charlottines, et que les oiseaux de prime non plus ne manquaient pas.
« Vous êtes des nôtres ! » m’ont écrit mes aimables voisins ; et ce matin, au petit jour de cinq heures, leur grand break, chargé de fusils, de chiens, de victuailles, est venu me prendre au bas de la côte. Nous voilà roulant sur la route d’Arles, un peu sèche, un peu dépouillée, par ce matin de décembre où la verdure pâle des oliviers est à peine visible, et la verdure crue des chênes kermès un peu trop hivernale et factice.
Les étables se remuent. Il y a des réveils avant le jour qui allument la vitre des fermes ; et dans les découpures de pierre de l’abbaye de Mont Majeur, des orfraies encore engourdies de sommeil battent de l’aile parmi les ruines. Pourtant nous croisons déjà le long des fossés de vieilles paysannes qui vont au marché au trot de leurs bourriquets. Elles viennent de la Ville des Baux. Six grandes lieues pour s’asseoir une heure sur les marches de Saint-Trophyme et vendre des petits paquets de simples ramassés dans la montagne ! ...
Maintenant voici les remparts d’Arles ; des remparts bas et crénelés, comme on en voit sur les anciennes estampes où des guerriers armés de lances apparaissent en haut de talus moins grands qu’eux. Nous traversons au galop cette merveilleuse petite ville, une des plus pittoresques de France, avec ses balcons sculptés, arrondis, s’avançant comme des moucharabiehs jusqu’au milieu des rues étroites, avec ses vieilles maisons noires aux petites portes, moresques, ogivales et basses, qui vous reportent au temps de Guillaume Court Nez et des Sarrasins.
À cette heure, il n’y a encore personne dehors. Le quai du Rhône seul est animé. Le bateau à vapeur qui fait le service de la Camargue chauffe au bas des marches, prêt à partir. Des ménagers en veste de cadis roux, des filles de La Roquette qui vont se louer pour des travaux des fermes, montent sur le pont avec nous, causant et riant entre eux.
Sous les longues mantes brunes rabattues à cause de l’air vif du matin, la haute coiffure arlésienne fait la tête élégante et petite avec un joli grain d’effronterie, une envie de se dresser pour lancer le rire ou la malice plus loin... La cloche sonne ; nous partons. Avec la triple vitesse du Rhône, de l’hélice, du mistral, les deux rivages se déroulent. D’un côté c’est la Crau, une plaine aride, pierreuse. De l’autre, la Camargue, plus verte, qui prolonge jusqu’à la mer son herbe courte et ses marais pleins de roseaux.
De temps en temps le bateau s’arrête près d’un ponton, à gauche ou à droite, à Empire ou à Royaume, comme on disait au moyen âge, du temps du Royaume d’Arles, et, comme les vieux mariniers du Rhône disent encore aujourd’hui. À chaque ponton, une ferme blanche, un bouquet d’arbres. Les travailleurs descendent chargés d’outils, les femmes leur panier au bras, droites sur la passerelle. Vers Empire ou vers Royaume peu à peu le bateau se vide, et quand il arrive au ponton du Mas de Giraud où nous descendons, il n’y a presque plus personne à bord.
Le Mas de Giraud est une vieille ferme des seigneurs de Barbentane, où nous entrons pour attendre le garde qui doit venir nous chercher. Dans la haute cuisine, tous les hommes de la ferme, laboureurs, vignerons, bergers, bergerots, sont attablés, graves, silencieux, mangeant lentement, et servis par les femmes qui ne mangeront qu’après. Bientôt le garde paraît avec la carriole.
Vrai type à la Fenimore, trappeur de terre et d’eau, garde-pêche et garde-chasse, les gens du pays l’appellent lou Roudeïroù (le rôdeur), parce qu’on le voit toujours, dans les brumes d’aube ou de jour tombant, caché pour l’affût parmi les roseaux, ou bien immobile dans son petit bateau, occupé à surveiller ses nasses sur les clairs (les étangs) et les roubines (canaux d’irrigation). C’est peut-être ce métier d’éternel guetteur qui le rend aussi silencieux, aussi concentré. Pourtant, pendant que la petite carriole chargée de fusils et de paniers marche devant nous, il nous donne des nouvelles de la chasse, le nombre des passages, les quartiers où les oiseaux voyageurs se sont abattus. Tout en causant, on s’enfonce dans le pays.
Les terres cultivées dépassées, nous voici en pleine Camargue sauvage. À perte de vue, parmi les pâturages, des marais, des roubines, luisent dans les salicornes. Des bouquets de tamaris et de roseaux font des îlots comme sur une mer calme. Pas d’arbres hauts. L’aspect uni, immense, de la plaine, n’est pas troublé. De loin en loin, des parcs de bestiaux étendent leurs toits bas presque au ras de terre. Des troupeaux dispersés, couchés dans les herbes salines, ou cheminant serrés autour de la cape rousse du berger, n’interrompent pas la grande ligne uniforme, amoindris qu’ils sont par cet espace infini d’horizons bleus et de ciel ouvert.
Comme de la mer unie malgré ses vagues, il se dégage de cette plaine un sentiment de solitude, d’immensité, accru encore par le mistral qui souffle sans relâche, sans obstacle, et qui, de son haleine puissante, semble aplanir, agrandir le paysage. Tout se courbe devant lui. Les moindres arbustes gardent l’empreinte de son passage, en restent tordus, couchés vers le sud dans l’attitude d’une fuite perpétuelle...
II - LA CABANE.
Un toit de roseaux, des murs de roseaux desséchés et jaunes, c’est la cabane. Ainsi s’appelle notre rendez-vous de chasse. Type de la maison camarguaise, la cabane se compose d’une unique pièce, haute, vaste, sans fenêtre, et prenant jour par une porte vitrée qu’on ferme le soir avec des volets pleins. Tout le long des grands murs crépis, blanchis à la chaux, des râteliers attendent les fusils, les carniers, les bottes de marais. Au fond, cinq ou six berceaux sont rangés autour d’un vrai mât planté au sol et montant jusqu’au toit auquel il sert d’appui. La nuit, quand le mistral souffle et que la maison craque de partout, avec la mer lointaine et le vent qui la rapproche, porte son bruit, le continue en l’enflant, on se croirait couché dans la chambre d’un bateau.
Mais c’est l’après-midi surtout que la cabane est charmante. Par nos belles journées d’hiver méridional, j’aime rester tout seul près de la haute cheminée où fument quelques pieds de tamaris. Sous les coups du mistral ou de la tramontane, la porte saute, les roseaux crient, et toutes ces secousses sont un bien petit écho du grand ébranlement de la nature autour de moi.
Le soleil d’hiver fouetté par l’énorme courant s’éparpille, joint ses rayons, les disperse. De grandes ombres courent sous un ciel bleu admirable. La lumière arrive par saccades, les bruits aussi ; et les sonnailles des troupeaux entendues tout à coup, puis oubliées, perdues dans le vent, reviennent chanter sous la porte ébranlée avec le charme d’un refrain...
L’heure exquise, c’est le crépuscule, un peu avant que les chasseurs n’arrivent. Alors le vent s’est calmé. Je sors un moment. En paix le grand soleil rouge descend, enflammé, sans chaleur. La nuit tombe, vous frôle en passant de son aile noire tout humide. Là-bas, au ras du sol, la lumière d’un coup de feu passe avec l’éclat d’une étoile rouge avivée par l’ombre environnante. Dans ce qui reste de jour, la vie se hâte. Un long triangle de canards vole très bas, comme s’ils voulaient prendre terre ; mais tout à coup la cabane, où le caleil est allumé, les éloigne : celui qui tient la tête de la colonne dresse le cou, remonte, et tous les autres derrière lui s’emportent plus haut avec des cris sauvages.
Bientôt un piétinement immense se rapproche, pareil à un bruit de pluie. Des milliers de moutons, rappelés par les bergers, harcelés par les chiens, dont on entend le galop confus et l’haleine haletante, se pressent vers les parcs, peureux et indisciplinés. Je suis envahi, frôlé, confondu dans ce tourbillon de laines frisées, de bêlements ; une houle véritable où les bergers semblent portés avec leur ombre par des flots bondissants...
Derrière les troupeaux, voici des pas connus, des voix joyeuses. La cabane est pleine, animée, bruyante. Les sarments flambent. On rit d’autant plus qu’on est plus las. C’est un étourdissement d’heureuse fatigue, les fusils dans un coin, les grandes bottes jetées pêle-mêle, les carniers vides, et à côté les plumages roux, dorés, verts, argentés, tout tachés de sang. La table est mise ; et dans la fumée d’une bonne soupe d’anguilles, le silence se fait, le grand silence des appétits robustes, interrompu seulement par les grognements féroces des chiens qui lapent leur écuelle à tâtons devant la porte...
La veillée sera courte. Déjà près du feu, clignotant lui aussi, il ne reste plus que le garde et moi. Nous causons, c’est-à-dire nous nous jetons de temps en temps l’un à l’autre des demi-mots à la façon des paysans, de ces interjections presque indiennes, courtes et vite éteintes comme les dernières étincelles des sarments consumés. Enfin le garde se lève, allume sa lanterne, et j’écoute son pas lourd qui se perd dans la nuit...
III - A L’ESPÈRE ! (A L’AFFUT ! )
L’espère ! quel joli nom pour désigner l’affût, l’attente du chasseur embusqué, et ces heures indécises où tout attend, espère, hésite entre le jour et la nuit. L’affût du matin un peu avant le lever du soleil, l’affût du soir au crépuscule. C’est ce dernier que je préfère, surtout dans ces pays marécageux où l’eau des clairs garde si longtemps la lumière...
Quelquefois on tient l’affût dans le negochin (le naye-chien), un tout petit bateau sans quille étroit, roulant au moindre mouvement. Abrité par les roseaux, le chasseur guette les canards du fond de sa barque, que dépassent seulement la visière d’une casquette, le canon du fusil et la tête du chien flairant le vent, happant les moustiques, ou bien de ses grosses pattes étendues penchant tout le bateau d’un côté et le remplissant d’eau.
Cet affût-là est trop compliqué pour mon inexpérience. Aussi, le plus souvent, je vais à l’espère à pied, barbotant en plein marécage avec d’énormes bottes taillées dans toute la longueur du cuir. Je marche lentement, prudemment, de peur de m’envaser. J’écarte les roseaux pleins d’odeurs saumâtres et de sauts de grenouilles...
Enfin, voici un îlot de tamaris, un coin de terre sèche où je m’installe. Le garde, pour me faire honneur, a laissé son chien avec moi ; un énorme chien des Pyrénées à grande toison blanche, chasseur et pêcheur de premier ordre, et dont la présence ne laisse pas que de m’intimider un peu.
Quand une poule d’eau passe à ma portée, il a une certaine façon ironique de me regarder en rejetant en arrière, d’un coup de tête à l’artiste, deux longues oreilles flasques qui lui pendent dans les yeux ; puis des poses à l’arrêt, des frétillements de queue, toute une mimique d’impatience pour me dire :
— Tire... tire donc !
Je tire, je manque. Alors, allongé de tout son corps, il bâille et s’étire d’un air las, découragé, et insolent...
Eh bien ! oui, j’en conviens, je suis un mauvais chasseur. L’affût, pour moi, c’est l’heure qui tombe, la lumière diminuée, réfugiée dans l’eau, les étangs qui luisent, polissant jusqu’au ton de l’argent fin la teinte grise du ciel assombri. J’aime cette odeur d’eau, ce frôlement mystérieux des insectes dans les roseaux, ce petit murmure des longues feuilles qui frissonnent.
La suite demain trop long pour mettre cette lettre en une seule fois … à demain….
Aies confiance en l'avenir ma petite Didi ! Gros gros bisous, bon dimanche à toi, mes amitiés à Jean-Paul et... read more
on Ce qui est le meilleur dans le nouveau est ce qui répond à un désir ancien. Valéry (Paul)