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Le pauvre et le riche !
IL y avait une fois un riche qui donnait depuis longtemps du travail à un pauvre.
- Il faut que je te récompense de quelque chose, dit un jour le riche ; dis-moi ce que tu voudrais avoir.
- Eh bien ! mon bon monsieur, si vous vouliez m'acheter une vaquette (une petite vache), cela m'arrangerait très bien.
La vache fut achetée et donnée au pauvre. Trois jours après le riche va visiter ses clos. Il trouve le garçon du pauvre qui y faisait paître sa vache. Ne le voilà pas content.
- Si j'ai donné une vache à ton père, lui dit-il, ce n'est pas pour que tu la fasses paître dans mes clos. Retire-toi et n'y reviens plus.
Huit jours après, le riche retrouve encore la vache dans son clos, toujours gardée par le même petit garçon.
- Cette fois, lui dit-il, je ne te ferai point de grâce. J'irai demain tuer ton père pour le punir de cette insolence.
Le lendemain il alla, en effet, chez le pauvre, décidé à le tuer ! Mais le pauvre était rusé ; il avait tué son cochon, puis il avait barbouillé sa femme de sang et l'avait fait coucher dans son lit.
Le riche, en entrant chez le pauvre, voit le sang répandu, le lit souillé de sang et la femme couchée dedans et immobile.
- Tiens ! lui dit-il, tu as tué ta femme ?
- Oui ; elle était si méchante que j'ai voulu la punir. Je l'ai tuée pour trois jours ; elle ressuscitera le quatrième.
- Elle ressuscitera ? Ah bien ! je vais tuer la mienne pour trois jours aussi ; ça lui apprendra à me faire enrager.
Il n'en fait ni une ni deux, il rentre chez lui et tue sa femme.
Trois jours après, il revient chez le pauvre.
- Tu m'as dit que tu avais tué ta femme pour trois jours, et je vois qu'en effet elle est ressuscitée. J'ai tué la mienne pour trois jours aussi et elle ne ressuscite pas.
- C'est que vous ne vous y êtes pas bien pris. Qu'avez-vous fait pour la ressusciter ?
- Rien. J'ai tâché de la réveiller, et elle ne bouge pas.
- Ce n'est pas comme cela qu'il fallait faire. Pour moi, j'ai une corne tout exprès pour ça. J'ai soufflé avec au cul de ma femme. Elle se porte à merveille, comme vous voyez, et elle est corrigée.
- Combien veux-tu me vendre ta corne ?
- Cent écus.
- Les voici ; donne-la moi.
Le pauvre donne la corne. Le richard retourne chez lui et fait l'opération indiquée. La bonne femme continue à ne pas bouger.
Désappointé, il retourne chez le pauvre et le trouve frappant à coups de fouet sur une marmite, qui bout à gros bouillons.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Vous voyez, je fais bouillir ma marmite.
- A coups de fouet ?
- Oui. Quand on est pauvre, on économise autant qu'on peut.
- Et ta marmite bout comme ça sans feu, sans bois ?
- Vous voyez.
- Et tu prends pour cela le premier fouet venu ?
- Ah ! mais non. Il n'y a que le fouet que vous voyez qui ait cette vertu.
- Combien veux-tu me le vendre, ton fouet ?
- Il n'est pas à vendre. Cependant, si vous y tenez, je veux bien m'en défaire pour vous. Donnez-moi cent écus et je vous le cède.
- Les voilà. Donne-moi ton fouet.
Le riche s'applaudissait de son marché, qui allait lui permettre de faire de notables économies. Arrivé chez lui, il appelle ses domestiques et leur remet le fouet en guise de bois pour faire bouillir la marmite.
Les domestiques fouettent, fouettent, la marmite ne bout pas.
Le riche retourne chez le pauvre.
- Ton fouet n'est bon à rien, lui dit-il. On a beau fouetter, fouetter la marmite, elle ne veut pas bouillir.
- De quelle main a-t-on frappé ? demande le pauvre.
- On a frappé de la main gauche.
- Cela ne m'étonne pas que vous n'ayez pas réussi. Il fallait frapper de la main droite, sans quoi le fouet n'opère pas.
Le riche retourne chez lui, appelle de nouveau ses domestiques et leur donne ses instructions. Ils frappent de la main droite à tour de bras. La marmite ne bout pas davantage.
Le riche est furieux contre le pauvre, qui s'est moqué de lui et lui a extorqué son argent ; il veut le tuer. Il ordonne à ses domestiques d'aller le chercher et de l'enfermer dans la bergerie pour le noyer le lendemain.
Les domestiques obéissent, et quand le berger revient le soir, il trouve le pauvre homme enfermé dans la bergerie.
- Tiens ! qu'est-ce que tu fais là ? lui dit le berger.
- Le riche m'a fait mettre ici. Il prétend que je dois être enfermé avec les moutons, parce que je ne sais pas mieux prier le bon Dieu que ces bêtes-là.
- Moi, je sais très bien prier ; je prierai pour tous, pour mes bêtes et pour toi ; va-t-en.
La pauvre s'en alla, mais pas tout seul. Pendant que le berger priait, il détourna tous les moutons. Il y avait une foire le lendemain, il alla les vendre et les vendit fort cher : trois francs le poil ! Avec l'argent qu'il en retira, il fit bâtir un beau château. Un jour que le riche était allé se promener de ce côté, il demanda pour qui on élevait ce beau château, à qui appartenait cette belle propriété.
- A moi, monseigneur, dit le pauvre.
- Qui aurait jamais cru que tu deviendrais si riche ?
- Rappelez-vous ce que vous avez ordonné à vos domestiques de me faire.
- J'avais ordonné de te jeter à l'eau.
- Je suis allé où vous aviez ordonné de m'envoyer, et je suis devenu riche.
- Vraiment ? Je voudrais bien aller au même endroit.
- Il ne tient qu'à vous, monseigneur ; mettez-vous dans ce sac.
Le riche se mit dans le sac, on jeta le sac à l'eau et, depuis lors, on n'a jamais revu le riche.
Là-dessus, je bus une croûte, je mangeai une chopine et je m'en revins.
LE RENARD ET LES OIES
Le renard
tomba un jour au beau milieu d'un troupeau d'oies bien grasses et bien
dodues qui paissaient dans un champ. T éclata de rire et dit:
- On ne saurait arriver mieux à point! On croirait que vous m'avez
appelé, mes jolies, à vous voir toutes là, bien gentiment, à
attendre que je vous croque l'une après l'autre!
Tout le troupeau se mit à caqueter d'épouvante, tête dressée; ` et
ce fut un concert de lamentations et de supplications pour obtenir vie
sauve. Le renard ne se laissa point attendrir pour si peu.
- Il n'y a pas de grâce qui tienne, leur dit-il, et vous allez toutes
mourir!
Pour finir, il y eut une oie qui rassembla tout son courage et qui lui
dit :
- Puisqu'il est dit que nous devons mourir toutes dans la fleur de
notre jeunesse, malheureuses oies que nous sommes, tu nous accorderas
au moins la grâce que personne n'oserait refuser à personne, et tu
vas nous laisser faire notre prière afin que nous ne mourions pas en
état de péché ! Après, nous nous alignerons en bon ordre, et tu
n'auras qu'à choisir au fur et à mesure la plus grasse et la
meilleure à ton goût..
- Oui, reconnut le renard,
c'est une juste requête et une pieuse intention. Faites donc votre
prière ; j'attendrai.
Alors la première commença avec ses ca-ca-ca une longue, mais
vraiment longue litanie qui n'en finissait pas, et ca-ca-ca, et
ca-ca-ca, si longue et si interminable que la deuxième n'attendit pas
la fin pour prier à son tour; elle commença, elle aussi, ca-ca-ca,
sa litanie interminable; et la troisième, à son tour, commença sans
attendre son tour; puis la quatrième, et enfin toutes les autres,
ca-ca-ca : toutes les oies du troupeau prièrent et caquetèrent
ensemble la litanie des oies.
Le Pauvre et le Riche
Conte de Grimm.
Il y a bien longtemps, alors que le bon Dieu voyageait encore lui-même sur terre parmi les hommes, il se trouva qu'un soir il se sentit fatigué et que la nuit le surprit avant qu'il fût arrivé à une auberge. De chaque côté de la route se trouvait une maison, l'une grande et belle, l'autre petite et d'aspect misérable ; la grande appartenait à un riche, la petite à un pauvre. Le Seigneur se dit : " Je ne serai pas une charge pour le riche ; c'est chez lui que je vais passer la nuit ".
Quand le riche entendit frapper à sa porte, il ouvrit la fenêtre et demanda à l'étranger ce qu'il voulait. Le Seigneur répondit :
- Je vous prie de m'accorder l'hospitalité.
Le riche examina le voyageur de la tête aux pieds et comme Dieu portait de méchants vêtements et n'avait pas l'air d'avoir beaucoup d'argent dans ses poches, il secoua la tête et dit :
- Je ne peux pas vous recevoir. Mes chambres sont pleines de légumes et de graines et si je devais héberger tous ceux qui frappent à ma porte, il ne me resterait plus qu'à prendre moi-même la sébile du mendiant. Cherchez ailleurs où passer la nuit.
Sur quoi, il ferme sa fenêtre et plante là le bon Dieu. Lequel lui tourne le dos et traverse la route pour aller vers la petite maison. À peine eut-il frappé que déjà le pauvre ouvrait sa porte et priait le voyageur d'entrer.
- Passez la nuit chez moi, dit-il ; il fait déjà sombre et vous ne pouvez plus poursuivre votre chemin aujourd'hui.
Cette attitude plut au bon Dieu et il entra. La femme du pauvre lui tendit la main, lui souhaita la bienvenue et, lui dit de s'installer à son aise et de se servir, qu'ils ne possédaient pas grand-chose, mais ce qu'ils avaient, ils le donnaient de bon cœur. Elle mit des pommes de terre à cuire et alla traire la chèvre pour pouvoir ajouter un peu de lait au repas. Quand la table fut mise, le bon Dieu y prit place et mangea avec eux ; la maigre chère qu'on lui offrait lui plut parce que ses hôtes avaient d'avenantes figures. Quand ils eurent fini de manger et que le temps fut venu de se coucher, la femme appela discrètement son mari et lui dit :
- Écoute voir, mon cher mari, nous allons nous installer une couche par terre pour cette nuit de façon que le pauvre voyageur puisse prendre notre lit et s'y reposer ; il a marché tout le jour , il y a de quoi être fatigué. - De bon cœur, répondit-il ; je vais le lui proposer.
Il s'approche du bon Dieu et le prie, s'il en est d'accord, de se coucher dans leur lit pour y détendre convenablement ses membres. Le bon Dieu ne voulait pas priver les deux vieux de leur lit. Mais ils n'en démordaient pas et, à la fin, il dut y consentir. Quant à eux, il se préparèrent une couche à même le sol.
Le lendemain, ils se levèrent avant le jour et confectionnèrent pour leur hôte un petit déjeuner aussi bon qu'ils en avaient les moyens. Quand le soleil pénétra par leur petite fenêtre et que le bon Dieu se fut levé, il mangea de nouveau en leur compagnie et s'apprêta à reprendre la route. Au moment de passer la porte, il se retourna et dit :
- Parce que vous avez été compatissants et pieux, faites trois vœux ; je les exaucerai.
Le pauvre dit alors :
- Que pourrais-je souhaiter d'autres que la félicité éternelle et, tant que nous vivrons, la santé pour nous deux et l'assurance d'avoir toujours notre pain quotidien ; je n'ai pas de troisième vœu à formuler.
Le bon Dieu dit :
- Ne souhaites-tu pas avoir une nouvelle maison à la place de l'ancienne ?
- Oh ! oui, dit l'homme si je pouvais également obtenir cela, j'en serais heureux.
Le Seigneur exauça leurs vœux. Il transforma leur vieille maison en une neuve, leur donna une dernière bénédiction et s'en fut.
Quand le riche se leva, il faisait déjà grand jour. Il se mit à la fenêtre et aperçut, en face de chez lui, une jolie maison neuve, avec des tuiles rouges, à l'endroit où, jusque-là, se trouvait une simple hutte. Il ouvrit de grands yeux, appela sa femme et dit :
- Dis-moi, que s'est-il passé ? Hier soir encore il y avait là une vieille et misérable cabane ; aujourd'hui, on y voit une belle maison neuve. Vas-y et tâche de savoir comment cela s'est fait.
La femme y alla et demanda au pauvre ce qui s'était passé. Il lui raconta :
- Hier soir est arrivé un voyageur qui cherchait un toit pour la nuit ; ce matin, au moment de nous quitter, il nous a offert d'exaucer trois vœux : la félicité éternelle, la santé sur cette terre et le pain quotidien et, finalement, par-dessus le marché, une maison nouvelle à la place de l'ancienne.
La femme du riche se hâta de rentrer chez elle et expliqua tout à son mari. Celui-ci lui dit :
- Je me battrais ! Si seulement j'avais su ça ! L'étranger était d'abord venu chez nous pour y passer la nuit mais je l'ai renvoyé.
- Dépêche-toi, dit la femme, prends ton cheval, rattrape l'homme et il exaucera trois vœux pour toi aussi.
Le riche suivit ce judicieux conseil, fila à toute vitesse sur son cheval et rattrapa le bon Dieu. Il lui parla avec amabilité et astuce, lui demanda de ne pas lui en vouloir de ne pas l'avoir laissé entrer ; il avait cherché la clé de la maison et pendant ce temps le cher hôte était déjà parti ; s'il repassait un jour par là, il fallait absolument qu'il vint chez lui.
- Oui, répondit le bon Dieu, si je repasse par ici sur le chemin du retour, je le ferai.
Le riche lui demanda alors s'il ne pourrait pas former trois vœux comme son voisin. Oui, lui répondit le bon Dieu, il pouvait certes le faire ; mais cela ne serait pas bon pour lui ; il valait mieux s'en abstenir. Le riche dit qu'il trouverait bien quelque chose qui servirait à son bonheur s'il était sûr que cela se réaliserait. Le bon Dieu dit alors :
- Rentre chez toi et que les trois vœux que tu feras se réalisent.
Le riche avait obtenu ce qu'il voulait. Il prit le chemin de sa maison tout en songeant à ce qu'il pourrait bien demander. Comme il méditait ainsi en laissant à son cheval la bride sur le cou, celui-ci se mit à gambader, si bien que l'homme en était sans cesse troublé et qu'il n'arrivait pas à concentrer son esprit. Il toucha le cheval de la main et dit :
- Tiens-toi tranquille !
Mais l'animal continuait à faire ses fariboles. Le riche finit par s'énerver et s'écria dans son impatience :
- Je voudrais que tu te rompes le cou !
À peine avait-il prononcé ces mots que, vlan ! le voilà par terre, le cheval mort à côté de lui ; son premier vœu était exaucé. Comme il était avare de nature, il ne voulut pas abandonner la selle. Il coupa le harnais et la mit sur son dos en reprenant sa route à pied. « Il me reste encore deux vœux », se disait-il pour se consoler. Comme il marchait ainsi sur la route poudreuse et que le soleil de midi commençait à brûler, il eut chaud et se sentit de mauvaise humeur ; la selle lui blessait le dos et il n'avait toujours pas trouvé ce qu'il pourrait souhaiter. « Même si je me souhaite toutes les richesses et tous les trésors de la terre, se disait-il en lui-même, il me viendra par la suite toutes sortes d'autres envies, je le sais d'avance ; il faut que je m'arrange de telle sorte qu'il ne me reste rien d'autre à souhaiter. » Et il soupira :
- Ah ! si j'étais un paysan bavarois libre de formuler trois vœux, je saurais que faire : Je souhaiterais de la bière d'abord de la bière autant que je pourrais en boire en second lieu ; et encore un tonneau de bière par-dessus le marché, comme troisième vœu.
Parfois, il croyait avoir trouvé, mais tout de suite après il pensait que cela ne suffisait pas. Il lui vint tout à coup à l'esprit que sa femme avait bien de la chance d'être à la maison dans sa chambre fraîche, en train de manger de bon appétit. Cette pensée l'irrita et, sans s'en rendre compte, il dit :
- Je voudrais qu'elle soit assise sur cette selle et ne puisse plus en descendre !
À peine avait-il dit ces mots que la selle disparaissait de son dos et il s'aperçut que son deuxième vœu avait été exaucé. Il commença alors à avoir vraiment chaud ; il se mit à courir avec l'intention de rentrer vite chez lui et de s'asseoir tout seul dans sa chambre pour y réfléchir à quelque chose de considérable pour son troisième vœu. Quand il arriva à la maison et ouvrit la porte, il vit sa femme au milieu de la pièce, assise sur la selle, ne pouvant en descendre, gémissant et criant. Il lui dit :
- Je vais te satisfaire ; je vais souhaiter pour toi toutes les richesses de la terre, mais reste assise où tu es.
Elle le traita d'animal et dit :
- À quoi me serviront toutes les richesses du monde si je reste assise sur cette selle ; tu as souhaité que j'y aille tu dois maintenant m'aider à en descendre.
Qu'il le voulût ou non, il lui fallut former le vœu qu'elle soit débarrassée de la selle et puisse en redescendre. Et aussitôt il fut exaucé. Il n'avait ainsi récolté dans l'affaire que du mécontentement, de la peine, des injures et la mort de son cheval. Les pauvres, eux, vécurent heureux, tranquilles et pieux jusqu'à leur sainte mort.